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đŸ‡·đŸ‡ș SergueĂŻ Kobylach, l’homme que Poutine appellera s’il doit bombarder l’Europe un jour

07/03/2024 7 min de lecture
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La Cour pĂ©nale internationale de La Haye a Ă©mis des mandats d’arrĂȘt Ă  l’encontre de deux hauts gradĂ©s de l’armĂ©e russe. ÉvĂ©nement historique puisque c’est la premiĂšre fois que des officiers soupçonnĂ©s d’avoir perpĂ©trĂ© des crimes contre l’humanitĂ© en Ukraine sont poursuivis. Parmi eux figure le gĂ©nĂ©ral de corps d’armĂ©e SergueĂŻ Kobylach, ĂągĂ© de 58 ans, commandant de l’aviation Ă  long rayon d’action de l’armĂ©e russe. Quelles sont les actions qui lui sont imputĂ©es? Et pourquoi a-t-il Ă©tĂ© proclamĂ© “HĂ©ros de la Russie” aprĂšs le crash de son avion ?

Ce que Sergei Kobylash a vĂ©cu au-dessus de la GĂ©orgie en aoĂ»t 2008 ressemble Ă  l’histoire du baron de MĂŒnchhausen. À l’époque, il officiait en tant que pilote de chasse dans un conflit dĂ©clenchĂ© par Moscou pour “imposer la paix” Ă  l’ancienne rĂ©publique soviĂ©tique. Cette prĂ©tendue paix se traduisait par l’occupation d’un cinquiĂšme du territoire par la Russie et le maintien, encore jusqu’à ce jour, du soutien Ă  deux rĂ©publiques, l’Abkhazie et l’OssĂ©tie du Sud, reconnues par presque personne d’autre que le Kremlin.

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Image d’archive de SergueĂŻ Kobylach en tant que pilote de chasse. © Mil.ru

SergueĂŻ Kobylach pilotait un Sukhoi-25 au-dessus de la ville de Tskhinvali, en OssĂ©tie du Sud, lorsque son moteur gauche a Ă©tĂ© touchĂ© par un missile. Alors qu’il tentait de s’échapper, un nouveau nouvelle salve a touchĂ© son moteur droit. “J’ai immĂ©diatement rĂ©alisĂ© qu’il y avait une ville paisible en dessous de moi et j’ai essayĂ© de dĂ©tourner mon avion vers un territoire inhabitĂ©â€, a relatĂ© Serhei Kobylash dans un film paru en 2018, dĂ©diĂ© Ă  son acte hĂ©roĂŻque, intitulĂ© “Le gĂ©nĂ©ral et son Ă©toile”.

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SergueĂŻ Kobylach lors d’un discours en OssĂ©tie du Nord oĂč il a combattu en tant que pilote de chasse en 2008. © Mil.ru

Sauvé par son siÚge éjectable

L’avion s’est Ă©crasĂ© dans une gorge dĂ©serte et SergueĂŻ Kobylach s’en est sorti in extremis grĂące Ă  son siĂšge Ă©jectable. RepĂȘchĂ© indemne le lendemain, il a Ă©tĂ© Ă©vacuĂ© par hĂ©licoptĂšre. Cette prouesse lui a valu l’Étoile d’or du HĂ©ros de la Russie, la plus haute distinction nationale. Une rue de Tskhinvali a Ă©tĂ© baptisĂ©e Ă  son nom en reconnaissance de son exploit. Plus tard, on apprendra que son avion n’avait pas Ă©tĂ© abattu par les forces gĂ©orgiennes, mais par des sĂ©paratistes alliĂ©s.

SergueĂŻ Kobylach n’est en fait qu’à moitiĂ© russe. Il est nĂ© Ă  Odessa, ville portuaire du sud de l’Ukraine rĂ©guliĂšrement assiĂ©gĂ©e par sa propre armĂ©e de l’air. Ses racines familiales se trouvent en Moldavie, un pays que la Russie ne considĂšre pas comme un alliĂ©. NĂ©anmoins, il a toujours fait preuve d’une loyautĂ© inĂ©branlable envers Moscou. Avant d’opĂ©rer en GĂ©orgie, il a participĂ© aux deux guerres de TchĂ©tchĂ©nie. C’est en 2016, qu’il est nommĂ© commandant de l’aviation Ă  long rayon d’action de l’armĂ©e russe.

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Le dirigeant nord-corĂ©en Kim Jong Un en compagnie du commandant de l’aviation Ă  long rayon d’action des forces russes, SergueĂŻ Kobylach. © AFP

Le plus grand avion de guerre au monde

Le commandement Ă  long rayon d’action constitue la branche de l’armĂ©e de l’air russe chargĂ©e de la gestion des bombardiers lourds. Il pourrait jouer un rĂŽle clĂ© si Poutine dĂ©cidait d’une frappe nuclĂ©aire. Elle pourrait ĂȘtre rĂ©alisĂ©e Ă  l’aide du plus imposant avion de guerre au monde, le Tupolev-160. Ironiquement, ce type d’avion a Ă©tĂ© mis en service en Ukraine, sous le rĂ©gime soviĂ©tique, en 1987. En dĂ©cembre 2018, Kobylash a pilotĂ© l’un de ces avions depuis le cercle arctique jusqu’au Venezuela, accomplissant ainsi un vol sans escale sur une distance de 10.459 kilomĂštres.

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Un bombardier Tupolev-160 déploie un missile de croisiÚre au-dessus de la Syrie en novembre 2015, escorté par un chasseur Sukhoy-30 SM. © Mil.ru

SergueĂŻ Kobylach n’est que le quatriĂšme ressortissant russe Ă  faire l’objet d’un mandat d’arrĂȘt de la Cour pĂ©nale internationale. En mars de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, le prĂ©sident Vladimir Poutine et sa commissaire aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova, avaient Ă©galement Ă©tĂ© visĂ©s par de tels mandats, les accusant d’enlĂšvement d’enfants ukrainiens. Les motifs exacts des soupçons pesant sur Kobylash et l’amiral Viktor Sokolov, chef de la flotte russe de la mer Noire (Ă  propos duquel des rumeurs font Ă©tat d’un licenciement, voire d’un dĂ©cĂšs), demeurent actuellement inconnus.

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Les dégùts causés par les bombardements russes à Marioupol, le 16 mars 2022. © DR.

Massacre Ă  Marioupol

La Cour pĂ©nale internationale Ă©voque des frappes aĂ©riennes visant des civils, tout en prĂ©servant la confidentialitĂ© de certains dĂ©tails afin de protĂ©ger des tĂ©moins. Cependant, l’Ukraine accuse depuis longtemps SergueĂŻ Kobylach du massacre qui a eu lieu Ă  Marioupol le 16 mars 2022. Au moins 600 personnes ont perdu la vie lors d’une attaque aĂ©rienne perpĂ©trĂ©e contre un théùtre qui servait de refuge aux civils. Sur la place devant le bĂątiment, le mot russe signifiant “enfants” Ă©tait inscrit Ă  la craie, clairement visible depuis les airs.

Le premier commandant depuis la Seconde Guerre mondiale à avoir ordonné des bombarde­ments sur des zones habitées

Le site web du renseignement militaire ukrainien classe SergueĂŻ Kobylach parmi les criminels de guerre, le dĂ©signant comme le premier commandant depuis la Seconde Guerre mondiale Ă  avoir ordonnĂ© des bombardements sur des zones habitĂ©es. Ces frappes aĂ©riennes visent Ă  rĂ©duire l’ensemble d’une zone Ă  l’état de ruines plutĂŽt que de cibler des objectifs spĂ©cifiques. L’utilisation la plus cĂ©lĂšbre de cette tactique a Ă©tĂ© le bombardement amĂ©ricano-britannique de Dresde en 1945, qui a fait 25.000 morts.

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Le théùtre de Marioupol avant et aprÚs les bombardements. © DR.

“4.000 fois le salaire annuel moyen d’un soldat russe”

Les informations Ukrainiennes au sujet de SergueĂŻ Kobylach mentionnent que son Ă©pouse, Yulia, ĂągĂ©e de 52 ans, exerce Ă©galement une fonction au sein de l’armĂ©e de l’air russe. Le couple aurait une fille, Yekaterina, dans la trentaine et dĂ©jĂ  mariĂ©e. Ils seraient propriĂ©taires d’un appartement situĂ© Ă  Smolenskaya Zastava, une rĂ©sidence rĂ©servĂ©e aux Ă©lites Ă  Moscou oĂč, selon le site d’information russe “The Insider”, rĂ©sident Ă©galement le commandant des forces terrestres et deux adjoints du ministre de la DĂ©fense, Sergei Shoygoe.

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Le gĂ©nĂ©ral de corps d’armĂ©e russe Sergey Kobylash avec sa femme Yulia et sa fille Yekaterina lors d’une visite au musĂ©e de l’espace et de l’aviation Archipo-Osipovka en septembre 2018. © Museum Cosmos

Ce petit bijou d’immobilier aurait une valeur d’environ 1,2 million d’euros, soit 4.000 fois le salaire annuel moyen d’un soldat russe. SergueĂŻ Kobylach y passera peut-ĂȘtre dĂ©sormais plus de nuits qu’auparavant. Car bien que son pays ne reconnaisse pas la Cour pĂ©nale internationale, les 123 États qui le font sont maintenant tenus de l’arrĂȘter s’il devait y comparaĂźtre. Cela rĂ©duit soudainement considĂ©rablement son champ d’action. Nous avions dĂ©jĂ  fait le calcul pour Poutine et cela revient Ă  environs 65 millions de kilomĂštres carrĂ©s.

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Smolenskaya Zastava, la rĂ©sidence de l’Ă©lite Ă  Moscou oĂč SergueĂŻ Kobylach possĂšde un appartement. © DR.

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