“Nous savions dès décembre 2019 que le virus était dangereux mais nous devions nous taire”

“Nous savions dès décembre 2019 que le virus était dangereux mais nous devions nous taire”

Des médecins de Wuhan, d’où est partie l’épidémie de Covid-19, savaient que le virus était dangereux dès le début mois de décembre 2019, bien avant que la Chine ne daigne enfin avertir l’OMS. C’est ce qu’ils ont déclaré, sous couvert d’anonymat, à la chaîne de télévision britannique ITV qui diffuse un documentaire exceptionnel sur la pandémie mardi soir. Les médecins voulaient donner l’alerte mais ils ont reçu l’ordre de se taire. “La pandémie aurait pu être évitée si la Chine n’avait pas tenté de dissimuler le virus.”

La Chine a officiellement notifié le premier décès lié au nouveau coronavirus à la mi-janvier 2020. Pourtant, les médecins de Wuhan qui se sont confiés à la chaîne ITV assurent qu’ils devaient déjà déplorer des morts un mois plus tôt. “Nous avions déjà enregistré des décès au cours du mois de décembre 2019 et nous savions à cette époque que le virus était transmissible entre êtres humains”, déclare ainsi un médecin qui travaillait à Wuhan. “Mais les autorités provinciales nous ont donné l’ordre de nous taire”, se souvient-il. La dictature chinoise a clairement muselé la parole médicale, mais aussi celle de la presse indépendante.

“Le gouverne­ment a insisté pour maintenir l’image d’une société harmonieu­se et prospère. Pourtant, ils ne connaissai­ent que trop bien les risques”

Un médecin de Wuhan

Ignorant le caractère hautement contagieux du coronavirus et le risque de pandémie mondiale, Pékin a maintenu les préparatifs de la fête du Nouvel an chinois qui devait avoir lieu le 25 janvier avant d’être finalement annulée. Ces activités ont brassé une forte population dans la région de l’épicentre situé à Wuhan. Cela explique en grande partie comment le virus a quitté la mégapole pour se propager ailleurs en Chine, puis dans le monde.

“Le gouvernement a insisté pour maintenir l’image d’une société harmonieuse et prospère. Pourtant, ils ne connaissaient que trop bien les risques”, poursuit le médecin anonyme.

L’OMS se félicitait des informations transmises régulièrement par Pékin

“Au tout début de l’année 2020, un parent d’un de mes amis est mort du virus”, se souvient l’un des médecins. “Et la plupart de ses colocataires sont tombés malades.” Pourtant, le 12 janvier, l’OMS indiquait encore qu’il n’y avait “pas de preuve évidente de transmission interhumaine.” “L’OMS est certaine de la qualité des enquêtes en cours et des mesures de riposte appliquées dans la ville de Wuhan, et se félicite de l’engagement à communiquer des informations régulièrement », disait alors l’institution onusienne. Le 21 janvier, il est soudainement apparu qu’il y avait 278 infections en Chine et que le virus était également présent dans trois autres pays.

Les principaux virologues de Taïwan sont soulagés que la vérité éclate enfin au grand jour. “À mon avis, la pandémie aurait pu être évitée si la Chine avait communiqué honnêtement dès le début et n’avait pas tenté de dissimuler le virus”, explique Yi-Chun Lo, un éminent virologue tawaïnais.

Son confrère, le Dr Yin-Ching Chuang, s’était rendu en Chine avec une équipe de chercheurs au début de la pandémie pour étudier le virus. Ils voulaient déterminer, entre autres, à quel point ce nouveau virus était contagieux et combien de personnes avaient déjà été infectées. “ Ils le savaient, mais les Chinois n’ont jamais partagé ces données avec nous”, regrette un an plus tard le Dr Yin-Ching Chuang.

Pékin nie en bloc

Le pouvoir chinois a toujours réfuté les accusations selon lesquelles il aurait tenté de mettre l’épidémie sous le tapis. Il y a quelques mois, Pékin accusait même les États-Unis d’avoir importé le virus en Chine lors des jeux mondiaux militaires qui ont eu lieu à Wuhan du 18 au 27 octobre 2019.

Dans leur second rapport publié ce lundi, les experts indépendants partis en Chine pour enquêter sur l’origine du virus ont déjà conclu que Pékin et l’OMS auraient pu agir plus vite au début de l’épidémie de Covid-19, “en grande partie cachée.”

Le documentaire, intitulé “Outbreak : The virus that shook the world” (Épidémie : le virus qui a secoué le monde), sera diffusé ce mardi soir au Royaume-Uni.

Par 7sur7

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