🇵🇸 Gaza: «Les pays occidentaux sont complices de ce massacre»

🇵🇸 Gaza: «Les pays occidentaux sont complices de ce massacre»

Ces dernières 48 heures, différents organes des Nations unies ont multiplié les appels à agir pour un cessez-le-feu. La situation à Gaza est « proche de l’heure la plus sombre de l’humanité », selon l’Organisation mondiale de la santé. La rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits humains dans les Territoires palestiniens occupés Francesca Albanese était pour sa part en France. Elle dénonce la complicité des pays occidentaux vis-à-vis d’Israël.

RFI : Vous travaillez depuis des années sur la question des Territoires palestiniens occupés. Êtes-vous tout de même surprise du positionnement de la communauté internationale aujourd’hui ?

Francesca Albanese : Oui, je suis vraiment choquée. Ce n’est pas seulement le manque d’action pour arrêter les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité qui sont en train d’être commis dans le territoire palestinien occupé. C’est vraiment le soutien presque total et inconditionné que les États occidentaux ont donné à Israël, en lui reconnaissant non seulement le droit de se protéger – qui est bien sûr un droit qu’Israël a envers son territoire et ses citoyens – mais on a reconnu à Israël le droit de mener une guerre très violente contre le peuple qu’il garde sous occupation. Et ça, c’est illégal !  

Il y a des gens des Nations unies sur place, des gens que je connais, qui ont vécu des situations de conflit, et tout le monde s’accorde sur le fait qu’ils n’ont jamais vu quelque chose de pareil. Tout le monde dit : « C’est l’enfer sur terre ». Il faut arrêter ce massacre de civils. Il est clair, pour nous qui suivons les questions israélo-palestiniennes depuis des années, que le but ici n’était pas seulement d’éliminer le Hamas en tant que mouvement politique ; le but, c’est d’éliminer les Palestiniens de la bande de Gaza et ça a été évoqué par des politiciens israéliens avant même le 7 octobre.

Nous sommes aujourd’hui plusieurs dans la communauté des droits humains à dire que les pays occidentaux sont complices. Ils s’aplatissent totalement sur ce qu’Israël et les États-Unis ont décidé. Ces derniers ont leurs propres objectifs, mais les Européens ? Pourquoi les Européens doivent-ils les suivre quitte à s’éloigner du reste du monde ? Car ce conflit ne se limite pas à une région. Ce conflit met face à face le Sud global, qui se reconnaît dans la façon dont les Palestiniens sont traités par l’Occident, avec le Nord global. Pourquoi ne pas choisir de jouer un rôle différent ?

Que pourraient faire les gouvernements pour changer la donne ?

Il faut d’abord pousser de manière active à un cessez-le-feu immédiat et au respect du droit international. Mais le droit international n’est pas respecté, c’était clair avant le 7 octobre et c’est encore plus clair maintenant. Il y a presque 17 000 personnes tuées, peut-être même 20 000, car 3 000 personnes manquent à l’appel. Qu’est-ce qu’on attend pour prendre des mesures sérieuses envers Israël ? On parle de mesures diplomatiques, économiques. Ce qu’on a fait pour la Russie dès qu’elle a envahi et déclenché une guerre illégale contre l’Ukraine.

Depuis 1967, Israël conduit une entreprise que l’on ne peut définir autrement que comme étant coloniale. Une occupation militaire qui a servi à l’établissement de colonies, les unes après les autres. Il y a aujourd’hui 300 colonies, ce qui se traduit par l’éviction de Palestiniens de leurs terres et par une violence structurelle conte les Palestiniens : des arrestations, des détentions arbitraires, des déplacements forcés. Ce sont des crimes. Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Pourquoi n’a-t-on jamais pensé à imposer des mesures diplomatiques ou à mettre en place des sanctions économiques, par exemple ? Il n’y a jamais de ça lorsqu’il s’agit d’Israël. La seule forme de souveraineté aujourd’hui en Palestine est l’impunité.

Vous vous êtes rendue dans différents pays avant la France, avez-vous l’impression de trouver tout de même des oreilles attentives ?

Il y a un grand décalage entre le peuple, la société civile et les gouvernements. Où que j’aille, en Australie, en Nouvelle-Zélande par exemple, je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait une telle réaction populaire. Mes mots résonnaient avec le sentiment qu’ils étaient largement partagés par la société et pas uniquement par des membres de la société civile ou des ONG. Des sociétés qui veulent voir la fin de la Palestine occupée et la fin de l’injustice.

Donc, il y a une citoyenneté globale qui s’est mobilisée, malgré les interdictions dans beaucoup de pays occidentaux, notamment la France, ce qui est assez choquant. Malgré tout, beaucoup de monde est descendu dans les rues. Je pense qu’il est important de rappeler que c’est un moment de solidarité, avec le peuple israélien qui a beaucoup souffert le 7 octobre, mais surtout avec le peuple palestinien qui souffrait avant le 7 octobre et plus que jamais aujourd’hui. Je suis notamment très touchée par le rôle des communautés locales, des élus, des maires en France qui sont très engagés dans ce mouvement de solidarité, autant avec les Palestiniens qu’avec les Israéliens, car les deux peuples sont victimes d’un système de colonialisme anachronique.

RFI