Le tribunal de grande instance de Mbour, sur la Petite Côte, a entendu mardi 25 novembre 2025 les détails tragiques de la mort du jeune Kh. Ndour, âgé de 7 ans, survenue le 13 novembre suite à une circoncision pratiquée dans des conditions d’hygiène déplorables. I. Faye, un cultivateur usurpant le titre de médecin depuis près de 30 ans, et G. Ndour, le père de la victime, sont poursuivis pour homicide involontaire, exercice illégal de la médecine et non-assistance à personne en danger. Le procureur a requis l’application stricte de la loi ; le délibéré est prévu pour le 2 décembre 2025.
Une intervention clandestine sans hygiène ni suivi médical
Les faits remontent au 2 novembre 2025, à Fissel (Mbour). G. Ndour, cultivateur, confie son fils à I. Faye, connu localement comme un « médecin » pratiquant des circoncisions à 5 000 FCFA. Sans formation médicale, Faye opère dans son domicile transformé en structure sanitaire illégale, sans matériel stérile ni protocoles, dans des conditions d’hygiène inexistantes. L’enfant est rendu à son père le jour même, sans suivi post-opératoire.
Durant les dix jours suivants, l’état de Kh. Ndour se dégrade rapidement : fièvre, infection sévère et douleurs intenses. Malgré ces signes alarmants, ni Faye ni le père ne consultent un médecin. Alertés par les voisins, ils emmènent enfin l’enfant au centre de santé de Thiadiaye le 12 novembre. Le personnel médical diagnostique une septicémie avancée, l’admet en soins intensifs et alerte sur le pronostic vital engagé.
Un enlèvement nocturne de l’hôpital et la mort de l’enfant
À 3 heures du matin le 13 novembre, Faye et G. Ndour orchestrent un enlèvement clandestin : ils fournissent une fausse pièce d’identité de Faye à un infirmier complice pour extraire l’enfant de son lit médicalisé et le ramener au domicile familial. Malgré les appels répétés du médecin exigeant un retour immédiat, le père ignore les demandes toute la journée. Kh. Ndour décède le soir même sur le lit de sa mère, des suites de l’infection non traitée.
La gendarmerie de Thiadiaye intervient au domicile, arrête les deux hommes et ouvre une enquête. À l’audience, Faye a reconnu son imposture : « J’ai appris en observant du personnel soignant il y a 30 ans. À Fissel, il manque des spécialistes de la circoncision, alors je m’y suis mis. » G. Ndour a plaidé l’ignorance : « Faye avait circoncis tous les enfants du coin et tenait une ‘santé’ chez lui. » Le procureur a qualifié ces actes de « négligence criminelle » et requis des peines sévères.
Un drame qui interpelle sur les pratiques traditionnelles et l’accès aux soins
Cette affaire met en lumière les dangers des circoncisions clandestines, courantes dans les zones rurales du Sénégal où l’accès aux structures médicales est limité. Selon le ministère de la Santé, au moins 15 cas similaires ont été signalés en 2025, avec des complications graves dues à des pratiques non stériles. L’ONG Plan International appelle à une sensibilisation accrue et à des campagnes gratuites de circoncision médicale pour prévenir ces drames.
Le délibéré du 2 décembre pourrait alourdir les sanctions pour exercice illégal de la médecine (jusqu’à 5 ans de prison) et non-assistance (jusqu’à 5 ans). Cette affaire renforce les appels à une régulation stricte des pratiques traditionnelles, dans un pays où la circoncision est un rite culturel majeur.




