Le dermatologue Ibrahima Ndiaye a lancé un avertissement ferme ce samedi 13 juin 2026 contre les répercussions sanitaires de la dépigmentation artificielle, une pratique qu’il qualifie de véritable problème de santé publique au Sénégal. S’exprimant dans le cadre du Salon international de la beauté, du cosmétique et de l’hygiène, le spécialiste a rappelé que ce phénomène, ancré depuis plus d’un demi-siècle dans le pays, expose ses adeptes à de nombreuses complications dermatologiques et systémiques durables.
Les corticoïdes et l’hydroquinone : des substances médicales détournées
Le docteur Ndiaye a mis en évidence le rôle des corticoïdes et de l’hydroquinone, les deux principaux agents chimiques utilisés, qui sont régulièrement détournés de leurs indications thérapeutiques initiales et commercialisés librement sur le marché.
Selon ses explications techniques, l’application quotidienne et prolongée de corticoïdes détruit le microbiome de la peau, altérant cette flore cutanée protectrice qui prémunit l’organisme contre les agressions extérieures. Cette détérioration biologique favorise l’apparition de mycoses récidivantes, de la gale ainsi que d’infections bactériennes sévères à l’instar de l’érysipèle. Le praticien a également énuméré plusieurs manifestations cutanées secondaires :
- L’acné cortisonique ;
- L’augmentation anormale de la pilosité (hirsutisme) ;
- Les vergetures profondes ;
- L’atrophie cutanée (amincissement de la peau) ;
- Les allergies de contact.
Concernant l’hydroquinone, le dermatologue a alerté sur les risques de phototoxicité accrus par l’exposition aux rayonnements solaires, un mécanisme susceptible de provoquer une pseudo-ochronose exogène, caractérisée par une pigmentation foncée et irréversible de la peau.
Des répercussions systémiques par passage sous-cutané
Au-delà des seules affections dermatologiques, le spécialiste a insisté sur le fait que ces substances chimiques pénètrent dans le flux sanguin lorsqu’elles sont appliquées sur de grandes surfaces corporelles pendant plusieurs années. Ce passage systémique expose les utilisateurs à des pathologies lourdes, notamment l’hypertension artérielle, le diabète, le syndrome de Cushing, des insuffisances rénales, des troubles neurologiques, ainsi que des risques accrus de faible poids de naissance chez le nouveau-né lorsque la pratique est maintenue par la femme enceinte.
Après avoir formellement distingué la dépigmentation artificielle de pathologies génétiques ou dermatologiques réelles comme l’albinisme oculocutané et le vitiligo, le docteur Ndiaye s’est inquiété de la prolifération de nouvelles méthodes non médicalisées. C’est le cas notamment des injections intraveineuses, des perfusions de glutathion ou des traitements de dépigmentation au laser. Déplorant que le secteur de la dermatocosmétologie échappe de plus en plus au contrôle des professionnels de santé au profit d’acteurs non qualifiés, il a conclu son intervention en appelant à une riposte multisectorielle, exigeant une implication coordonnée des autorités sanitaires, du ministère du Commerce et des services des Douanes pour réguler strictement l’importation et la vente de ces intrants.



