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Economie

🇾🇳 FlambĂ©e des prix : Au SĂ©nĂ©gal, «nous allons vers des mois plus durs»

07/03/2022 9 min de lecture
ramadan denrC3A9es agricoles alimentaires

La conjoncture mondiale risque de s’aggraver dans les jours, les mois Ă  venir. Avec la crise ukrainienne, la dĂ©prĂ©ciation de l’euro et la nouvelle flambĂ©e des cours du pĂ©trole, l’inflation va certainement s’accentuer, surtout dans les pays de la zone CFA.

C’est un glissement irrĂ©versible. Du moins si les tendances actuelles persistent. L’accĂ©lĂ©ration de la hausse des prix, sur fond de tensions gĂ©opolitiques – crise politique entre la Russie et l’Ukraine – et la flambĂ©e des cours du pĂ©trole menacent la croissance Ă©conomique mondiale et risquent de renforcer la conjoncture actuelle. En Europe comme ailleurs, les conjoncturistes anticipent dĂ©jĂ  sur une croissance en baisse au premier trimestre de 2022. En France, l’inflation devrait accĂ©lĂ©rer au premier semestre pour atteindre de 3 % Ă  3,5 %, voire plus au mois de juin prochain.

Au SĂ©nĂ©gal, l’inflation a dĂ©butĂ© l’annĂ©e 2022 sur des chapeaux de roue avec une forte hausse de 5,5 % en janvier, en glissement annuel, aprĂšs que l’annĂ©e 2021 s’est achevĂ©e sur un niveau de progression des prix de 2,2 %. Ainsi, l’Agence nationale de la statistique et de la dĂ©mographie (Ansd) renseigne que l’Indice harmonisĂ© des prix Ă  la consommation (Ihpc) de janvier 2022 s’est relevĂ© de 0,3 % comparĂ© Ă  celui du mois prĂ©cĂ©dent. Cette Ă©volution rĂ©sulte de la progression des prix des «produits alimentaires et boissons non alcoolisĂ©es (+0,5 %), des services de restaurants et hĂŽtels (+0,4%), des meubles, articles de mĂ©nage et entretien courant du foyer (+0,3%), des articles d’habillement et chaussures (+0,2%), ainsi que des biens et services de santĂ© (+0,2%)», explique l’Ansd.

«Si le transport aérien est secoué, presque tous de secteurs seront touchés»
Aujourd’hui, la nouvelle flambĂ©e des cours du pĂ©trole ne milite pas pour une baisse de l’inflation. Les prix du pĂ©trole sont repartis Ă  la hausse vendredi dernier, en rĂ©action aux inquiĂ©tudes sur l’approvisionnement en Ă©nergie en provenance de la Russie Ă  cause des sanctions visant ce gĂ©ant pĂ©trolier. Le baril du Brent – le Brent ou brut de mer du nord, est une variation de pĂ©trole brut faisant office de rĂ©fĂ©rence en Europe, cotĂ© sur l’intercontinental exchange (Ice), place boursiĂšre spĂ©cialisĂ©e dans le nĂ©goce de l’énergie. Il est devenu le premier standard international pour la fixation des prix du pĂ©trole – de la mer du nord pour livraison en mai a clĂŽturĂ© Ă  118,11 dollars Us (environ 70 927,74 FCfa), un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis aoĂ»t 2008, galvanisĂ© par l’arrĂȘt, de facto, des exportations russes. Alors qu’à New York, le baril de West Texas intermediate (Wti) – Le West Texas intermediate aussi appelĂ© Texas light sweet, est une variation de pĂ©trole brut faisant office de standard dans la fixation du cours du brut et comme matiĂšre premiĂšre pour les contrats Ă  terme du pĂ©trole auprĂšs du Nvmex (New York Mercantile Exchange), la bourse spĂ©cialisĂ©e dans l’énergie – avec Ă©chĂ©ance en avril, a lui fait un bond de 7,43 % vendredi dernier, pour terminer Ă  115,68 dollars Us (environ 69 468,47 FCfa), une premiĂšre depuis septembre 2008.

Pour l’expert juridique et sĂ»retĂ© en aviation civile, Massourang Sourang, cette hausse du baril va forcĂ©ment se rĂ©percuter sur les prix du kĂ©rosĂšne et par ricochet, sur les coĂ»ts du transport aĂ©rien. «La situation est inquiĂ©tante pour l’aviation civile. On n’est pas encore sorti totalement de la crise sanitaire de Covid-19 et des problĂšmes de carburant se posent avec la flambĂ©e des cours du pĂ©trole. Comme le carburant est un Ă©lĂ©ment fondamental dans le transport aĂ©rien, il y aura des augmentations dans les dĂ©penses et ça va se rĂ©percuter forcĂ©ment sur le passager», explique-t-il.

«L’Etat ne pourra rien faire sinon subir le diktat international»

Pour M. Sourang, la flambĂ©e des cours du pĂ©trole ne va pas seulement se rĂ©percuter sur les billets d’avion, elle va Ă©galement impacter tous les prix des produits importĂ©s. Seulement pour l’expert en aviation civile, les Etats peuvent intervenir pour amoindrir le choc. Mais cela ne peut pas ĂȘtre de longue durĂ©e. Avec le Covid-19, M. Sourang rappelle qu’il Ă©tait prĂ©vu prĂšs de 84 milliards de dollars (environ 50 443 milliards FCfa) pour restaurer le transport aĂ©rien. «Il peut en ĂȘtre de mĂȘme avec la crise ukrainienne qui commence Ă  inquiĂ©ter. Les Etats prudents vont essayer d’intervenir pour soutenir leur compagnie et leurs populations parce qu’il y aura une inflation sur les matiĂšres premiĂšres. Si le transport aĂ©rien est secouĂ© beaucoup de secteurs seront touchĂ©s», indique-t-il. Durement frappĂ©es par le Covid-19, Massourang Sourang fait savoir que les nouvelles compagnies aĂ©riennes comme Air SĂ©nĂ©gal risquent de ne pas supporter une nouvelle crise. «Aujourd’hui, Air SĂ©nĂ©gal a trois problĂšmes qui menacent gravement les projets du rĂ©gime de faire de Dakar un hub aĂ©rien. Il y a le Covid-19, la hausse du carburant et le traitement de ses passagers. Si la compagnie traitait bien ses clients comme des rois, au moins ce problĂšme pouvait ĂȘtre Ă©vitĂ©. Mais la maniĂšre dont les passagers se plaignent de leur traitement n’honore pas la compagnie. Il y a une mauvaise publicitĂ© qui est faite et qui risque de porter un coup dur Ă  la compagnie avec cette hausse du carburant», souligne-t-il. 

«Nous allons vers des catastrophes, si cette guerre ne finit pas vite»
Face Ă  tous ces facteurs, quel que soit le soutien des Etats, M. Sourang rappelle que la vĂ©ritĂ© des prix finira toujours par triompher. «Parce que dans l’aviation civile, fait-il comprendre, il est interdit de vendre Ă  perte et on n’autorise pas Ă  une compagnie Ă  faire du dumping. Ce qui fait que forcĂ©ment, la hausse du carburant va se rĂ©percuter sur les prix du transport tĂŽt au tard. Et si la crise ukrainienne perdure, il faut s’attendre au pire. Tous les prix des produits, surtout importĂ©s, risquent de grimper. Si le carburant augmente, ça se rĂ©percute sur tous les produits de consommation courante.»  

La crise n’épargne pas, non plus, le marchĂ© financier international. Au plus bas depuis prĂšs de deux ans face au dollar, l’euro souffre du conflit en Ukraine. La monnaie unique europĂ©enne, qui pĂątit de sa proximitĂ© gĂ©ographique avec la zone des combats et de sa dĂ©pendance Ă  l’Ă©nergie russe est, pour la premiĂšre fois depuis mai 2020, sous le seuil des 1,10 dollar (environ 660,57 FCfa). En dĂ©but de semaine derniĂšre, 1 euro valait 1,12 dollar. Hier, les cours affichaient dans la soirĂ©e 1,09 dollar pour 1 euro. Au-delĂ  des pays de l’Europe, cette forte variation de la monnaie europĂ©enne face au dollar inquiĂšte les pays de l’Afrique de l’ouest, dans la mesure oĂč cette chute entraĂźne Ă©galement la dĂ©prĂ©ciation du franc Cfa. «Les transactions commerciales sont contrĂŽlĂ©es par les monnaies. Le dollar d’abord et ensuite l’euro. L’invasion Russe en Ukraine dĂ©sarçonne un peu le marchĂ© international. Les fluctuations des monnaies dĂ©pendent aussi des disponibilitĂ©s des produits. Si l’euro se dĂ©prĂ©cie, le Cfa va suivre et il y aura augmentation des coĂ»ts d’acquisition de tous les produits qui nous viennent de l’extĂ©rieur. Si cette guerre ne prend pas fin, nous allons inĂ©luctablement vers des catastrophes parce que le rĂŽle de la monnaie est central. Si le marchĂ© europĂ©en est affectĂ© par l’invasion russe, cela se rĂ©percute sur le marchĂ© international et il y a des fluctuations notoires entre l’euro et le dollar qui sont les monnaies les plus utilisĂ©es dans le monde du business», argumente le directeur exĂ©cutif de l’Unacois Yessal.

«Si l’euro se dĂ©prĂ©cie, il y aura augmentation des coĂ»ts d’acquisition des produits importĂ©s»

Pour Alla Dieng, ce bouleversement des marchĂ©s financiers mondiaux aura inĂ©vitablement des rĂ©percussions sur les prix des produits importĂ©s. «S’il n’y a pas d’évolutions positives du conflit Russo-ukrainien, les prix des produits que nous consommons vont flamber. Il y aura forcĂ©ment un impact sur les coĂ»ts de tous les produits qui viennent de l’extĂ©rieur, notamment les matĂ©riaux de construction, les produits Ă©lectroniques, mais aussi les denrĂ©es de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. Le baril du pĂ©trole va augmenter, cela va affecter le transport et ça va se rĂ©percuter obligatoirement sur tous les autres produits. N’oublions pas qu’une nouvelle taxe de 3 % sur les cargaisons importĂ©es admises sous le rĂ©gime douanier de mise en consommation a Ă©tĂ© rĂ©cemment introduite. Cette dĂ©prĂ©ciation de l’euro vient compliquer davantage les choses», alerte-t-il. Et l’Etat risque, selon Alla Dieng, d’ĂȘtre impuissant devant cette inflation. «RĂ©cemment il y a eu une diminution de trois produits (huile, riz et sucre) par un renoncement de 50 milliards de FCfa par l’Etat du SĂ©nĂ©gal. L’Etat ne pourra encore renoncer Ă  l’argent qu’on lui doit pour supporter les prix des produits de grandes consommations. Il ne pourra rien faire. Il va ĂȘtre faible devant ce cas de figure. Nous sommes un pays en voie de dĂ©veloppement qui dĂ©pend Ă  plus de 75 % du marchĂ© international. Nous produisons peu, nous importons trop et nous n’exportons pas du tout. Dans ce cas de figure, l’Etat ne pourra rien faire sinon subir le diktat des monnaies internationales», prĂ©vient le directeur exĂ©cutif de l’Unacois Yessal. Les mois Ă  venir risquent d’ĂȘtre plus durs pour le SĂ©nĂ©galais moyen. 

AIDA COUMBA DIOP & FALLOU FAYE – iGFM

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