mercredi 3 juin 2026 — Dakar
đŸ“Č Newsletter du matin
Education

🇾🇳 Digitalisation du dispositif sĂ©curitaire Ă  l’UCAD : Bons points et failles d’un systĂšme

01/12/2021 8 min de lecture
ucad netcomsn image

Depuis le 04 octobre dernier, le Centre des Ɠuvres universitaires de Dakar (Coud), sous la supervision du dĂ©partement d’informatique, a donnĂ© le ton de la digitalisation du dispositif sĂ©curitaire afin d’éradiquer totalement la violence dans l’espace universitaire. Deux mois plus tard, les Ă©tudiants relĂšvent les failles de ce systĂšme qui impacte nĂ©gativement le business alentour.

L’innovation est de taille et elle en enchante plus d’un. Depuis le 4 octobre dernier, pour entrer Ă  l’Ucad, il faut montrer patte blanche et badge pour accĂ©der au campus universitaire de Dakar. Une mesure prise par le Centre des Ɠuvres universitaires de Dakar pour Ă©radiquer la violence au sein de l’espace universitaire et qui a reçu l’onction du corps estudiantin. Modou Diagne, Ă©tudiant en Master 2 en contentieux des affaires en droit maritime Ă  la facultĂ© des sciences juridiques et politiques, applaudit. «Ces mesures sĂ©curitaires viennent Ă  leur heure. Elles rassurent les Ă©tudiants et rendent le campus social plus vivable. Le campus social a changĂ© de visage. Par consĂ©quent, les Ă©tudiants ont changĂ© de comportement. Parce qu’avant d’entrer dans l’espace universitaire, le systĂšme d’enrĂŽlement est mis en place pour obliger les apprenants Ă  se prĂ©senter avec leurs cartes d’étudiants qui sont soumises Ă  un contrĂŽle strict par les vigiles.» Des agents de sĂ©curitĂ© qui prennent au mot les consignes Ă  eux Ă©dictĂ©es. Dans ce temple du Savoir, les non Ă©tudiants sont obligĂ©s de laisser Ă  la porte leur carte d’identitĂ© nationale, leur numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone, en plus des questions qui leur sont posĂ©es. C’est par la suite qu’une carte avec la mention «visiteur», sorte de laissez-passer leur est remise.

Un frein aux multiples agressions

En ce jeudi, le campus social de l’universitĂ© grouille d’activitĂ©s. A l’ombre d’un arbre, un groupe de jeunes rappeurs tiennent une Battle. Le public encourage les diffĂ©rents protagonistes dans des applaudissements nourris. Les bancs publics qui longent le couloir menant jusqu’au pavillon A, sont noirs de monde. Dans le hall de ce pavillon, il faut prĂ©senter la carte d’étudiant ou la carte visiteur pour accĂ©der aux locaux. Des centaines de cartes sont exposĂ©es sur la table. Le dĂ©cor est le mĂȘme au pavillon H rĂ©servĂ© aux filles. Nafissatou Ndiaye est Ă©tudiante Ă  la FacultĂ© de Sciences. Pour la jeune fille, ces mesures sĂ©curitaires sont une bĂ©nĂ©diction. «Les scĂšnes de violences de l’annĂ©e passĂ©e avaient mis le campus social sens dessus-dessous. Aujourd’hui, nous ne pouvons que magnifier ces nouvelles mesures qui constituent un remĂšde aux multiples agressions dont sont victimes les Ă©tudiantes. Qui, pour la plupart, profitent du calme nocturne pour rĂ©viser au campus pĂ©dagogique. L’annĂ©e passĂ©e, de nombreuses Ă©tudiantes ont Ă©tĂ© agressĂ©es sur le chemin du retour. Parce qu’entre le campus pĂ©dagogique et le campus social, il peut se passer beaucoup de choses.»

Le ver est dans la
carte 

Cependant, mĂȘme si sa mise en place est bien apprĂ©ciĂ©e par les Ă©tudiants, le dispositif prĂ©sente des failles. Certains Ă©tudiants vĂ©reux, soucieux de passer entre les mailles du filet, usent d’artifices pour faciliter l’entrĂ©e Ă  certains de leurs amis, non dĂ©tenteurs de cartes. Comment ? En trafiquant les numĂ©ros de cartes d’étudiants pour contourner le dispositif. Pour ces Ă©tudiants, le deal consiste Ă  communiquer son numĂ©ro d’étudiant Ă  un camarade. Il suffit juste Ă  ce dernier de mĂ©moriser les chiffres de la carte pour pouvoir accĂ©der Ă  l’espace universitaire. Car les numĂ©ros sont fichĂ©s dans la base de donnĂ©es intĂ©grĂ©e au scanner. Et par ce subterfuge, les Ă©tudiants passent, sans ĂȘtre inquiĂ©tĂ©s, les radars des vigiles.  La digitalisation du dispositif sĂ©curitaire, rĂ©gi par le dĂ©partement d’informatique de l’universitĂ©, montre ainsi ses premiĂšres limites. LĂ  oĂč les vigiles prĂ©posĂ©s au contrĂŽle n’y voient que du feu. M. Ngom, vigile bodybuildĂ©, s’est fait rouler comme un dĂ©butant. ConcentrĂ© sur son smartphone, le bonhomme ne prĂȘte attention qu’au lĂ©ger bip Ă©mis par le scanner. Le signal qui ouvre l’accĂšs au campus pour l’étudiant en rĂšgle. Il dit : «La digitalisation du systĂšme de contrĂŽle nous facilite le travail. Il suffit que l’appareil de contrĂŽle sonne pour prouver que l’étudiant est en rĂšgle. Cependant, les Ă©tudiants sont trĂšs nombreux, et de ce fait, je ne peux pas passer mon temps Ă  dĂ©visager et identifier tous ceux qui passent.» Assis sur un banc public en face du pavillon D, El hadji Diagne, Ă©tudiant au dĂ©partement de philosophie, souligne avec insistance les failles du systĂšme de contrĂŽle. «Les Ă©tudiants ont compris que les vigiles se contentent tout simplement de scanner les cartes. Ils ne prennent pas le temps de dĂ©visager les Ă©tudiants. Et certains Ă©tudiants profitent de ce manquement pour passer leurs numĂ©ros de carte d’étudiant Ă  leurs camarades qui ont oubliĂ© leur carte chez eux. D’autres passent leurs numĂ©ros Ă  des amis ou Ă  des visiteurs. Les gens peuvent emprunter des cartes et facilement ils entrent dans l’espace universitaire». Face aux entourloupes de certains Ă©tudiants, l’administration recommande aux vigiles d’ĂȘtre plus regardants, tout en Ă©vitant toute Ă©preuve de force. M. Ngom, vigile : «L’administration nous a demandĂ© d’éviter les rapports de force avec les Ă©tudiants afin de prĂ©server notre boulot. C’est vraiment difficile, car trĂšs souvent, les Ă©tudiants se rebellent contre ce mode de contrĂŽle surtout de 12 H Ă  14 h. La pression que nous subissons est Ă©norme.». Autre bĂ©mol, les vols. MalgrĂ© les nouvelles mesures, les Ă©tudiants continuent de se plaindre de larcins et de l’occupation de certaines chambres par les non ayants droit. Pape Abdoulaye TourĂ© : «Le campus est rempli de non ayants droit qui continuent Ă  occuper illĂ©galement des chambres. Il faut plus de rigueur dans le contrĂŽle.» Pour ne pas donner l’impression que ces mesures ne s’appliquent qu’à l’entrĂ©e. 

MOUSSA THIOMBANE, CHEF DU DEPARTEMENT INFORMATIQUE DU COUD : «Depuis la mise en place du dispositif, 500 étudiants ont été pris en faute»

«Nous reconnaissons qu’il existe des choses Ă  amĂ©liorer afin de rendre le systĂšme de contrĂŽle plus performant. Mais le grand problĂšme que rencontrent les vigiles, c’est le nombre de visiteurs, car nous pouvons recevoir jusqu’à 5 000 visiteurs par jour. Souvent, il arrive que les Ă©tudiants oublient leur carte. Mais dans ce cas de figure, nous demandons aux Ă©tudiants de donner leurs numĂ©ros, car nous avons toutes les informations. Malheureusement, certains Ă©tudiants s’adonnent au trafic de numĂ©ros de carte. Certains Ă©chappent Ă  notre vigilance, la plupart sont pris et depuis octobre, quelque 500 Ă©tudiants ont Ă©tĂ© pris en faute. Dans ces cas, aucune sanction n’est encore prĂ©vue. Nous nous contentons de les renvoyer chez eux. Des mises Ă  jour sont en cours, car aucun systĂšme de contrĂŽle n’est parfait. Mais de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, nous pouvons dire que nous sommes satisfaits Ă  95%.»

REPERCUSSION DU NOUVEAU DISPOSITIF : L’activitĂ© Ă©conomique tire la langue 

MĂȘme s’il engrange de bons points, ce nouveau dispositif sĂ©curitaire ne fait pas que des heureux. Du cĂŽtĂ© du petit commerce Ă©tabli Ă  l’intĂ©rieur du campus, on tire la langue. Les commerçants qui ont leur Ă©choppe au sein du campus, dĂ©plorent la baisse drastique de leur chiffre d’affaires. Nestor, un jeune commerçant, Ă©voluant dans la photocopie des documents, commence Ă  subir les contrecoups de ce dispositif. «Je comptais une clientĂšle qui venait aussi bien du campus que des lycĂ©es comme Maurice Delafosse ou Lamine Gueye. Ils venaient faire la photocopie de leurs documents, mĂ©moires et fascicules, car la page leur revenait moins chĂšre, ici. Mais avec ces nouvelles mesures, ils ne peuvent plus accĂ©der librement au campus et notre business en pĂątit. Je pouvais tirer jusqu’à 4 000 copies par jour pour un montant de 60 000 FCfa. Mais lĂ , difficile de rentrer avec 20 000 Fcfa. MĂȘme les commerçants qui venaient pour leurs factures se font rares car les vĂ©hicules non affiliĂ©s au Coud sont interdits d’entrĂ©e.» MĂȘme rengaine du cĂŽtĂ© des gargotiĂšres Ă©tablies Ă  l’entrĂ©e de l’Ucad. KinĂ© Diop a vu son chiffre d’affaires dĂ©gringoler. «Avec les contrĂŽles intempestifs, les Ă©tudiants qui constituaient le gros de notre clientĂšle, ont la flemme de sortir pour venir se restaurer et donc, cela se ressent sur notre chiffre d’affaires. LĂ , nous nous contentons des chauffeurs et coxeurs et ils sont infimes.»

Maxime DIASSY

L'essentiel du Sénégal, chaque matin à 7h

Gros titres, nouveaux concours et bourses directement dans votre boßte mail ou sur WhatsApp. Soyez les premiers informés des dates limites.

RFM
RFM
94.0 FM
🔊
En direct
RFM
RFM
94.0 FM
🔊
En direct