🇸🇳 Affaire Astou Sokhna : 1 an de prison dont 1 mois ferme requis contre 4 sages femmes

🇸🇳 Affaire Astou Sokhna : 1 an de prison dont 1 mois ferme requis contre 4 sages femmes

Six sages-femmes sont devant la justice depuis jeudi 5 mai à Louga au Sénégal dans l’affaire « Astou Sokhna », du nom de cette femme enceinte de 9 mois décédée en couches à l’hôpital de Louga. Les professionnelles sont inculpées pour « non-assistance à personne en danger », avec la famille de la défunte dénonçant des négligences du personnel de la maternité. Mais pour la défense, ces poursuites sont injustes. Le procureur a toutefois requis la relaxe pour deux des sages-femmes, et la peine d’un an de prison dont un mois ferme pour les quatre autres.

La salle d’audience était comble pour l’ouverture de l’audience dès 9h (TU), beaucoup de personnes devant rester debout pour y assister.

D’abord tour à tour, les six sages-femmes, avec les cheveux entourés de foulards colorés, ont été interrogées par le président du tribunal et les nombreux avocats : « À quelle fréquence avez-vous surveillé Astou Sokhna après son admission à la maternité ? » ; « Saviez-vous que la patiente avait des antécédents et que c’était une grossesse à risque ? » ; « Saviez-vous qu’une césarienne était programmée le lendemain ? ». Soit des questions qui peuvent être résumées par « avez-vous fait ce qu’il fallait ? »

Aucune ne reconnaĂ®t la non-assistance Ă  personne en danger, elles assurent que le protocole a Ă©tĂ© respectĂ© et qu’au moment de leur visite, Astou Sokhna « n’était pas dans un Ă©tat inquiĂ©tant Â».

Du côté des parties civiles, le mari de la victime a évoqué l’indifférence, voire les propos malveillants des sages-femmes à l’endroit de son épouse. La mère d’Astou Sokhna, quelque peu floue, mais combative, a aussi pointé du doigt les sages-femmes, au sens figuré comme au sens propre.

Un an de prison dont un mois ferme : le procureur a demandĂ© une application « bienveillante Â» de la loi. Après les plaidoiries de la partie civile, les avocats du mari et de la mère d’Astou Sokhna, qui au contraire ont demandĂ© un jugement « pour l’exemple Â».

Astou Sokhna souffrait de douleurs terribles, puis des difficultĂ©s respiratoires et personne n’est venu la voir entre 17h et 22h. « Hippocrate n’est pas hypocrite Â», a lancĂ© l’un des avocats des plaignants en rĂ©fĂ©rence au serment des soignants pour protĂ©ger les patients.

« Les propos dĂ©gradants dans les maternitĂ©s du SĂ©nĂ©gal, ça suffit Â», a renchĂ©ri un autre avocat des parties civiles, qui a appelĂ© les sages-femmes du pays Ă  faire leur introspection « pour changer leur comportement et faire preuve d’humanisme Â».

Un système de santĂ© « malade Â»

« Injuste » pour les soutiens des prĂ©venues. « Il n’y a pas de dĂ©cès Ă©vitable », a rĂ©pondu l’avocat de la dĂ©fense : « les sages-femmes ont fait tout ce qu’elles pouvaient, tout ce qu’elles devaient faire », dit-il. Astou Sokhna a Ă©tĂ© admise, elle a Ă©tĂ© examinĂ©e, le protocole a Ă©tĂ© suivi, mais les sages-femmes n’ont pas les moyens de travailler dans de bonnes conditions », poursuit l’avocat qui parle d’un système de santĂ© « malade » et qui appelle Ă  « ne pas cĂ©der Ă  la vindicte populaire ».

C’est aussi ce que se disent les représentants des syndicats de la santé, qui se sont mobilisés aujourd’hui à Louga pour marquer leur solidarité avec leurs collègues. Ils insistent sur les conditions difficiles de travail des sages-femmes, qui se sont mobilisées dans le calme aux abords du Palais de justice. Ce dernier est sous haute surveillance policière.

RFI

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