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Santé

💡 Pourquoi les meilleures idĂ©es nous viennent-elles (parfois) sous la douche ?

10/10/2022 5 min de lecture
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Avoir une (trĂšs) bonne idĂ©e quand on est en train de se laver, dans sa salle de bains
 C’est ce que des scientifiques ont appelĂ© « l’effet douche ». Des chercheurs amĂ©ricains ont Ă©tudiĂ© ce phĂ©nomĂšne, et ils viennent de publier une Ă©tude consacrĂ©e au sujet. Ils pensent pouvoir expliquer comment la douche peut libĂ©rer la crĂ©ativitĂ© de l’esprit.

Pourquoi a-t-on parfois de (trĂšs) bonnes idĂ©es sous la douche ? Depuis des annĂ©es, des scientifiques tentent de rĂ©pondre Ă  cette question. Ils veulent comprendre les mĂ©canismes Ă  l’Ɠuvre derriĂšre ce qu’ils appellent parfois « l’effet douche Â». Plusieurs chercheurs amĂ©ricains se sont Ă  nouveau intĂ©ressĂ©s Ă  cette problĂ©matique, rĂ©cemment. Ils ont publiĂ© une Ă©tude consacrĂ©e Ă  cet « effet douche Â», dans la revue scientifique Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts, vendredi 30 septembre 2022. Et ils pensent avoir trouvĂ© comment les bonnes idĂ©es arrivent (parfois) sous les jets d’eau chaude et dans les volutes de vapeur, comme l’indique le mĂ©dia spĂ©cialisĂ© Science Alert.

« L’errance de l’esprit Â»

Au cƓur de cette Ă©tude, il y a un concept : celui de « l’errance de l’esprit Â». L’idĂ©e Ă©tant que quand nous faisons une tĂąche peu exigeante sur le plan intellectuel, nous avons tendance Ă  laisser nos pensĂ©es vagabonder. Ce qui permet Ă  la crĂ©ativitĂ© de s’exprimer, selon l’UniversitĂ© de Virginie, aux États-Unis, oĂč l’un des auteurs de l’étude, Zac Irving, est professeur assistant de philosophie.

Le concept n’est pas nouveau. En 2012, une Ă©tude publiĂ©e dans la revue Psychological Science avait justement soulignĂ© les bĂ©nĂ©fices de « l’errance de l’esprit Â» sur le plan crĂ©atif, dit Zac Irving. Les auteurs de ces travaux, des scientifiques amĂ©ricains, avaient demandĂ© Ă  des participants de trouver des Â« usages crĂ©atifs et alternatifs Â» Ă  des objets banals, comme une brique par exemple. Les auteurs de l’étude avaient laissĂ© les participants rĂ©flĂ©chir Ă  ces usages en effectuant diffĂ©rents types de tĂąches, plus ou moins exigeantes sur le plan intellectuel. Et ils avaient dĂ©couvert que Â« moins celles-ci Ă©taient exigeantes, plus les participants Ă©taient crĂ©atifs Â».

Le problĂšme, c’est qu’au cours de la dĂ©cennie qui a suivi, d’autres chercheurs n’ont pas vraiment rĂ©ussi Ă  reproduire ces rĂ©sultats, prĂ©cise encore l’UniversitĂ© de Virginie. Selon Zac Irving, c’est parce que les auteurs de ces autres Ă©tudes « ne s’intĂ©ressaient pas Ă  vraiment l’errance de l’esprit des participants, mais plutĂŽt Ă  leur niveau de distraction ». Et, selon lui, cela change tout.

Les auteurs de l’étude publiĂ©e fin septembre 2022 ont repris la mĂ©thode de la premiĂšre Ă©tude publiĂ©e voici dix ans : ils ont demandĂ© aux 222 participants de trouver des Â« usages alternatifs Â» Ă  une brique ou un trombone.

Ceux-ci ont ensuite Ă©tĂ© divisĂ©s en deux groupes. Les premiers ont regardĂ© une vidĂ©o jugĂ©e « ennuyeuse Â» : la sĂ©quence montrait deux hommes en train de plier du linge. Les seconds ont posĂ© leurs yeux d’autres images, jugĂ©es, elles, « modĂ©rĂ©ment engageantes Â» sur le plan intellectuel : une scĂšne du film Quand Harry rencontre Sally, sorti en 1989.

ActivitĂ© « modĂ©rĂ©ment engageante Â»

Ensuite, les participants ont dĂ» retourner Ă  leur processus de rĂ©flexion, rĂ©flĂ©chissant Ă  des maniĂšres de rĂ©inventer l’usage d’une brique ou d’un trombone
 Ils ont aussi dĂ» indiquer Ă  quel point leur esprit avait vagabondĂ© durant les visionnages de vidĂ©o, c’est-Ă -dire dans quelle mesure leurs pensĂ©es sautaient librement d’une idĂ©e Ă  l’autre.

Les auteurs de l’étude, eux, ont Ă©tudiĂ© leurs raisonnements. Leur conclusion : les participants qui ont gĂ©nĂ©rĂ© le plus d’idĂ©es Ă©taient ceux qui avaient regardĂ© le film, l’activitĂ© « modĂ©rĂ©ment exigeante Â» sur le plan intellectuel. Les chercheurs ont ensuite rĂ©itĂ©rĂ© la mĂȘme expĂ©rience, avec 118 autres participants, mais avec de lĂ©gĂšres variations. Et leurs conclusions allaient dans le mĂȘme sens que lors du premier test.

Ce qui fait dire aux scientifiques que oui, « l’errance de l’esprit Â» facilite l’arrivĂ©e d’idĂ©es nouvelles, mais, ajoutent-ils, Â« seulement pendant une activitĂ© modĂ©rĂ©ment engageante sur le plan intellectuel, qui place certaines contraintes sur les pensĂ©es Â». Autrement dit qui demande un minimum de concentration.

Mais comment expliquer cette diffĂ©rence ? Selon les scientifiques, le problĂšme d’une tĂąche jugĂ©e trop ennuyeuse, c’est qu’elle n’occupe pas suffisamment l’esprit et peut donc conduire Ă  repenser Ă  la problĂ©matique originale. À ne pas laisser son esprit divaguer, en somme. Et c’est contre-productif, selon eux.

Or, justement, selon Zac Irving, la douche est une activitĂ© « modĂ©rĂ©ment exigeante Â» sur le plan intellectuel, ce qui explique ses vertus. Ce qui, au passage, n’est pas une raison pour passer des heures sous sa douche, surtout en pĂ©riode de sĂ©cheresse ! On peut d’ailleurs obtenir les mĂȘmes rĂ©sultats avec la marche ou encore le jardinage
 qui peuvent aussi faciliter le processus de rĂ©flexion.

Selon Science Alert, cette nouvelle Ă©tude n’explique toutefois pas totalement « l’effet douche ». Ces travaux sont une piste qui peut expliquer le « comment » de cet effet. Mais il reste une question importante : celle du « pourquoi », au juste, de bonnes idĂ©es apparaissent parfois quand nous prenons une douche


Ouest-France

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