Vives réactions en Europe, après le détournement d’un avion par la Biélorussie

Vives réactions en Europe, après le détournement d’un avion par la Biélorussie

Un Boeing 737 de la compagnie Ryanair ayant décollé d’Athènes pour Vilnius en Lituanie et a été forcé d’atterrir à Minsk. Parmi les passagers, Roman Protassevitch, un blogueur biélorusse, recherché depuis les manifestations de l’an dernier contre la réélection jugée frauduleuse de Loukachenko en août 2020. Il a été arrêté dès son arrivée dans la capitale biélorusse.

Ce qui s’est passé durant le vol est encore confus. Des rumeurs ont été rapportées évoquant la présence d’explosifs à bord, mais aussi un conflit entre certains passagers et l’équipage et de mystérieux voyageurs qui exigeaient un atterrissage d’urgence à Minsk.

Le témoignage d’un voyageur français

Des rumeurs infirmées par le témoignage d’un voyageur français, joint par Stefanie Schüler, du service international de RFI juste après son atterrissage à Vilnius dans l’avion Ryanair détourné. Arthur Six était sur le retour d’un week-end en Grèce. Son voyage depuis Athènes passait par une escale à Vilnius avant de rejoindre Paris. Arthur Six raconte que le voyage se passait calmement et sans aucun incident ni trouble à l’intérieur de l’appareil, jusqu’à ce que le pilote fasse soudainement une annonce. Arthur dit ne pas avoir vu d’avion de chasse biélorusse. Selon lui, l’ambiance à l’intérieur de l’avion était tout à fait normale, et que l’opposant biélorusse est sorti comme les autres passagers de l’avion. Il n’a pas été cherché à l’intérieur de l’appareil.

« Le capitaine a fait une annonce, disant qu’il avait reçu un ordre et qu’on allait devoir atterrir à l’aéroport le plus proche possible. Il se trouve que c’était l’aéroport de Minsk. Je trouvais les gens plutôt calmes, il y avait juste une personne qui était en panique et il se trouve que c’était le journaliste biélorusse, à deux rangées de moi.

Quand il a appris qu’on allait atterrir à Minsk, il s’est mis dans tous ses états. Il a commencé à crier, mais dans sa langue. Donc je ne comprenais pas ce qu’il disait vu que c’était du biélorusse. Un steward essayait de le calmer…

Par la suite, on est restés dans l’avion, on a vu qu’il y avait… des pompiers, des (policiers), militaires, qui étaient aux alentours de l’avion…  Ils ont pu sortir ensuite les gens de l’avion, quatre par quatre, avec les chiens qui reniflaient les valises… Il est sorti de l’avion comme tout le monde et ensuite ils sont venus le chercher. Ils ont fouillé toutes ses valises…

Il y avait deux bus pour nous ramener à l’aéroport. Il était dans mon bus, accompagné d’un policier. Ensuite, on fait la queue pour passer le contrôle de sécurité et ils l’ont emmené dans une salle ouverte. Nous, on ne pouvait pas sortir, on était gardés… Et je l’ai revu à ce moment-là et il était accompagné de plusieurs policiers, je ne sais pas où ils sont allés avec lui ».

Ce qui est en tout cas assumé par le gouvernement biélorusse, c’est l’envoi d’un avion de chasse et d’un hélicoptère pour « escorter le Boeing 737 de Ryanair ». Un ordre personnel du président Loukachenko aurait été donné. A l’issue des fouilles, aucun explosif n’a été découvert, mais l’opposant Roman Protassevitch a été arrêté. Il est le fondateur du blog d’opposition Nexta, devenu une des principales sources d’information sur les manifestations dans le pays. Le jeune homme de 26 ans est placé depuis novembre dernier par les services de sécurité sur la liste des « individus impliqués dans des activités terroristes ». 

« Sa vie est en danger »

Selon l’opposante au régime, Svetlana Tikhanovskaïa, « le régime biélorusse a impliqué des agences de renseignement, a fait décoller des avions de combat et a détourné tout un avion civil juste pour prendre en otage Roman. Roman est un activiste biélorusse bien connu, blogueur. » En 2019, précise-t-elle, « il a quitté la Biélorussie après avoir reçu des menaces pour sa coopération avec le média indépendant Nexta sur le réseau social Télégram. Roman fait partie de ces personnes, grâce auxquelles les Biélorusses apprennent la vérité sur ce qui se passe. Maintenant, sa vie est en danger. »

Désormais, toute personne qui survole la Biélorussie ne sera plus en sécurité, a-t-elle ajouté. « Ce dimanche, Loukachenko en personne a déclenché un scandale international. Il a utilisé l’aviation militaire contre des civils biélorusses, mais aussi contre des civils de pays européens – tout ça dans le but de réprimer un seul opposant. Plus personne n’est en sécurité. Tout le monde peut se trouver à la place de Roman. » 

Ronan Hervouet, maître de conférence en sociologie à l’Université de Bordeaux et chercheur au Centre Emile Durkheim, confirme que le blogueur était clairement visé par cette opération. Une autre cible selon lui, serait l’Union européenne, dont les efforts pour régler la crise biélorusse semblent être anéantis.

La répression continue [en Biélorussie], et notamment, sont visés en partie les journalistes, et ici, c’est Roman Protassevitch, qui était rédacteur en chef de Nexta. Les médias et les réseaux sociaux ont joué un rôle très important dans la mobilisation contre le régime. Une partie des opposants sont réfugiés en Lituanie – où ils sont protégés du régime – et l’avion a été détourné d’un Athènes Vilnius pour pouvoir arrêter sur le sol biélorusse Roman Protassevitch, qui risque une peine de prison lourde, voire de la peine de mort, parce qu’il est accusé de terrorisme. Donc le signal est fort, puisqu’ils sont prêts à détourner un avion civil, pour pouvoir arrêter un opposant. C’est effectivement un coup spectaculaire effectué par le régime, qui montre bien qu’il est prêt à tout pour éteindre l’opposition et que les pressions qu’essaient d’exercer l’union européenne pour renouer le dialogue et qu’une transition se mette en place sont lettre morte.

Réactions fermes 

Justement, les réactions se sont succédé en Europe à l’annonce du détournement de l’avion.

A Vilnius, destination finale de l’appareil, les passagers ont été accueillis par la Première ministre lituanienne Ingrida Simonyte en personne, et par plusieurs dizaines de militants de l’opposition biélorusse, avec des pancartes et des drapeaux aux couleurs de l’opposition. « Nous devons afficher notre solidarité pour éviter d’être brisés un par un », a affirmé un des opposants. Le président lituanien lui appelle les dirigeants européens à ne plus considérer comme sûr l’espace aérien biélorusse et à interdire l’accès des avions biélorusses aux aéroports européens.

Le Premier ministre polonais a qualifié l’arrestation de l’opposant biélorusse Roman Protassevitch d’acte de « terrorisme d’État », emboîtant le pas au président français Emmanuel Macron, qui avait dénoncé cet acte « inacceptable ». Le même mot utilisé par le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, qui a tweeté : « Le détournement par les autorités biélorusses d’un vol de Ryanair est inacceptable. Une réponse ferme et unie des Européens est indispensable. » Plus tard dans la soirée, l’ambassadeur de la Biélorussie à paris a été convoqué au ministère des Affaires étrangères.

Un peu plus tôt, l’Allemagne avait exigé une « explication immédiate » des autorités biélorusses. Le chef de la diplomatie européenne Josep Borell a quant à lui affirmé : « Nous tenons le gouvernement de la Biélorussie responsable de la sécurité de tous les passagers et de l’appareil. TOUS les passagers doivent pouvoir poursuivre immédiatement leur voyage. » Une affaire qui ne devrait pas s’arrêter là pour les Européens. Selon le Conseil européen, le sommet de l’Union européenne de ce lundi discutera de possibles sanctions contre la Biélorussie.

Pour Charles Michel, c’est un acte qui ne pourra pas rester sans conséquence selon le président du conseil européen. Il a d’ailleurs rajouté ce point à l’ordre du jour du sommet qui s’ouvre lundi soir à Bruxelles.

« C’est un incident sérieux et dangereux, qui nécessite une enquête internationale », a par ailleurs dénoncé Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan sur Twitter. Il a réclamé une « enquête internationale ». L’avion de Ryanair effectuait un vol entre la Grèce et la Lituanie, deux pays membres de l’Alliance atlantique.

« Cette action extravagante de Loukachenko aura de graves conséquences », a pour sa part tweeté Dominic Raab, ministre britannique des Affaires étrangères.

RFI

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