Le général Horta N’Tam, chef d’état-major de l’armée de Terre, a été investi jeudi 27 novembre 2025 « président de la transition » et chef du Haut commandement militaire de Guinée-Bissau, pour une durée d’un an. Cette annonce, faite lors d’une conférence de presse à Bissau par les militaires auteurs du coup d’État de la veille, fait suite à l’arrestation du président sortant Umaro Sissoco Embaló et à la suspension du processus électoral en cours. Le nouveau régime promet de lutter contre la corruption et le narcotrafic, dans un pays marqué par une instabilité chronique depuis son indépendance en 1974.
Une investiture au siège de l’état-major sous haute sécurité
La cérémonie de prestation de serment s’est tenue au quartier général de l’armée à Bissau, entouré de dizaines de militaires lourdement armés. « Je viens d’être investi pour assurer la direction du Haut commandement militaire pour le rétablissement de la sécurité nationale et de l’ordre public », a déclaré le général N’TAM, 55 ans, proche jusqu’alors d’Embaló. Le nouveau leader a comparé les dirigeants déchus à des « narcotrafiquants », promettant un « redressement » économique et judiciaire. Les frontières, fermées mercredi, ont été rouvertes dans la foulée.
Un coup d’État au lendemain d’un scrutin contesté
Le putsch a éclaté mercredi 26 novembre, au lendemain des élections présidentielle et législatives du 23 novembre, marquées par une double revendication de victoire : Embaló (52 %) et son rival Fernando Dias da Costa (48 %), soutenu par l’opposition PAIGC. Des tirs ont été entendus près du palais présidentiel, et Embaló a été arrêté, comme son ministre de l’Intérieur Botché Candé et plusieurs généraux, dont Biague Na Ntan (chef d’état-major). Le principal opposant Domingos Simões Pereira (PAIGC) a également été détenu. La Commission électorale (CNE) a suspendu le dépouillement.
Réactions internationales : condamnations et appels au calme
L’Union africaine (UA) a condamné « sans équivoque » le coup d’État, exigeant la libération immédiate d’Embaló et de tous les détenus. La CEDEAO, dont la Guinée-Bissau est membre, a exhorté à la retenue et au rétablissement de l’ordre constitutionnel. Le Portugal, ex-puissance coloniale, a appelé au retour à l’ordre constitutionnel et à la sécurité des citoyens portugais. Bissau est sous haute tension, avec rues quasi désertes et surveillance militaire accrue.
Un 11e coup d’État dans un pays fragilisé par la corruption et le narcotrafic
Pays côtier de 2,2 millions d’habitants entre le Sénégal et la Guinée, la Guinée-Bissau est une plaque tournante du narcotrafic entre l’Amérique du Sud et l’Europe, avec une corruption endémique (180e/180 au Corruption Perceptions Index 2024). Ce coup, le 11e depuis 1974, suit une exclusion controversée de l’opposant Domingos Simões Pereira (PAIGC) et des tensions post-électorales récurrentes, comme en 2019.




