Chine: des écoles pour faire des garçons de «vrais» hommes

Chine: des écoles pour faire des garçons de «vrais» hommes

En Chine, se déroulaient du 7 au 9 juin les épreuves du Gaokao, le baccalauréat chinois. Avec comme à chaque fois, de meilleurs résultats chez les filles. Et à chaque fois aussi la remise en cause d’un enseignement jugé « trop féminin », en tout cas chez les tenants de la virilité contrariée.

Les pelleteuses et autres engins de chantier étouffent les coups de sifflet sur le terrain de sport, mais cela n’empêche pas l’effort. C’est l’heure de l’exercice pour les élèves de l’école. Un « boys club » plutôt, à une heure de Pékin, dans la province du Hebei. Dans ce bâtiment blanc près d’un centre commercial, le club reçoit 25 élèves par classe le week-end. Que des garçons, indique le directeur, Tang Haiyan :

« Dans les écoles traditionnelles, la plupart des enseignants sont des enseignantes. À la maison, les enfants sont élevés par leur mère, les pères sont souvent absents… Résultat : leurs fils manquent de courage. C’est ce que nous appelons la crise de la masculinité. Ici, tous les professeurs sont des hommes, nous n’avons que des garçons en classe et le système d’évaluation est centré sur les garçons. »

Une éducation pour « sauver les garçons »
« Nanhai weiji », la « crise des garçons » est un thème qui revient régulièrement dans les médias d’État chinois depuis cinq ans. Des écoles pour garçons ont été ouvertes à titre expérimental dans plusieurs provinces. On y chante la fierté d’être un homme et sa fidélité à la mère patrie. On y pratique des sports d’hommes aussi.

« On privilégie les sports de confrontation : le football américain, le sumo, la lutte et autres arts martiaux… Ce sont des sports plus adaptés aux garçons », affirme le professeur de sport Guo Suiyi.

Une éducation pour « sauver les garçons », répètent des académiciens, des délégués du Congrès… Des voix minoritaires, mais qui ont accès aux médias et aux cercles du pouvoir. À l’heure du déjeuner, nouveaux slogans scandés debout dans le réfectoire en survêtement : « Nous devons nous battre pour trois choses chantent les élèves : notre pays, notre honneur et nos rêves ».

« Nous apprenons à nos élèves à prendre des responsabilités. Comment être ouvert d’esprit, comment être courageux, comment être fort, et ce que cela signifie d’avoir des rêves et d’aller jusqu’au bout. Tout notre enseignement est centré sur les valeurs et la pensée des garçons », explique le directeur, Tang Haiyan.

Cultivé un « tempérament masculin » dans un monde jugé trop féminin et qui contribuerait à de moins bons résultats pour les garçons aux examens ? Pour les féministes, comme l’avocate Feng Yuan jointe dans le sud de la Chine, c’est justement ce qu’il faut éviter :

« Je pense qu’il n’est pas sain pour la société de mettre en avant des principes selon lesquels les garçons devraient être durs et forts. Ce rôle dominant de l’homme, ce concept toxique de la masculinité va à l’encontre du combat pour l’égalité des sexes. »

Partisans de classes non mixtes contre les défenseurs de l’égalité des sexes. Sur le terrain de sport de l’école, deux petites filles jouent au ballon à l’écart des garçons. Le directeur les connaît bien : ce sont les siennes. « Comme je travaille tous les week-ends, je n’ai pas le temps de rester avec mes filles. Donc je les amène ici et je peux les voir. »

Et comme d’autres écoles de garçons, ce « boys club » du Hebei propose des activités pendant l’été propre à développer une âme virile dans les forêts, les déserts ou les montagnes enneigées.

RFI

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