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đŸ‡ș🇾 Des scientifiques font “revivre” des porcs morts: aussi prometteur que prĂ©occupant

03/08/2022 4 min de lecture
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Des scientifiques ont réussi à relancer la circulation sanguine et le fonctionnement durant quelques heures de cellules du corps de porcs décédés peu avant, selon une étude qui laisse espérer des utilisations médicales mais soulÚve aussi des questions éthiques.

En 2019, une équipe de chercheurs basée aux Etats-Unis avait stupéfié la communauté scientifique en réussissant à restaurer la fonction cellulaire dans le cerveau de porcs quelques heures aprÚs leur décapitation.

Dans leurs derniĂšres recherches, publiĂ©es mercredi dans la revue Nature, ces mĂȘmes scientifiques ont cherchĂ© Ă  Ă©tendre cette technique Ă  l’ensemble du corps de l’animal.

Ils ont provoquĂ© une crise cardiaque chez des porcs anesthĂ©siĂ©s, ce qui a empĂȘchĂ© le sang de circuler et privĂ© leurs cellules d’oxygĂšne – sans oxygĂšne, les cellules des mammifĂšres meurent.

Au bout d’une heure, ils ont injectĂ© dans les corps morts un liquide contenant le sang des porcs (prĂ©levĂ© de leur vivant) et une forme synthĂ©tique d’hĂ©moglobine – la protĂ©ine qui transporte l’oxygĂšne dans les globules rouges. Ainsi que des mĂ©dicaments qui protĂšgent les cellules et empĂȘchent la formation de caillots sanguins.

Le sang a recommencé à circuler et de nombreuses cellules se sont remises à fonctionner, y compris dans des organes vitaux comme le coeur, le foie et les reins, pendant les six heures suivantes.

La mort, “processus rĂ©versible”?

“Ces cellules fonctionnaient des heures aprĂšs alors qu’elles n’auraient pas dĂ» fonctionner. Cela montre que la disparition des cellules peut ĂȘtre stoppĂ©e”, a dĂ©clarĂ© lors d’un point presse Nenad Sestan, auteur principal de l’étude et chercheur Ă  l’UniversitĂ© de Yale.

Au microscope, il Ă©tait difficile de diffĂ©rencier un organe normal et sain d’un organe traitĂ© post-mortem, a ajoutĂ© David Andrijevic, co-auteur de l’étude, Ă©galement de Yale.

L’équipe espĂšre que cette technique, baptisĂ©e OrganEx, pourra ĂȘtre utilisĂ©e pour “sauver des organes” en prolongeant leur fonctionnement, a-t-il expliquĂ©. De quoi potentiellement sauver la vie de personnes en attente d’une greffe.

OrganEx pourrait aussi permettre de nouvelles formes de chirurgie en donnant “plus de marge de manoeuvre mĂ©dicale”, selon Anders Sandberg, de l’universitĂ© d’Oxford.

Mais cette technique soulÚve nombre de questions, médicales, éthiques, voire philosophiques.

Elle pourrait “accroĂźtre le risque que les personnes rĂ©animĂ©es soient ensuite incapables de sortir d’un Ă©tat d’assistance vitale”, a alertĂ© Brendan Parent, bioĂ©thicien Ă  la Grossman School of Medicine de l’UniversitĂ© de New York, dans un commentaire publiĂ© en parallĂšle par Nature.

Pour Sam Parnia, du dĂ©partement de mĂ©decine de la mĂȘme universitĂ©, cette Ă©tude “vraiment remarquable” montre aussi que “la mort est un processus biologique traitable et rĂ©versible des heures aprĂšs”.

“PrĂ©occupation majeure”

Au point que la dĂ©finition mĂ©dicale de la mort pourrait nĂ©cessiter une mise Ă  jour, a jugĂ© Benjamin Curtis, philosophe spĂ©cialisĂ© dans l’éthique Ă  l’UniversitĂ© britannique de Nottingham Trent.

“Vu cette Ă©tude, de nombreux processus que nous pensions irrĂ©versibles ne le seraient pas”, a-t-il dit Ă  l’AFP. “Et, selon la dĂ©finition mĂ©dicale actuelle de la mort, une personne pourrait ne pas ĂȘtre vraiment morte avant des heures”, certains processus perdurant un temps au-delĂ  de l’arrĂȘt des fonctions corporelles.

Cette dĂ©couverte pourrait aussi susciter un dĂ©bat sur l’éthique de telles procĂ©dures.

D’autant que presque tous les porcs ont effectuĂ© des mouvements puissants avec leur tĂȘte et leur cou pendant l’expĂ©rience, selon le rĂ©cit de Stephen Latham, l’un des auteurs de l’étude. “C’était assez surprenant pour les gens dans la salle”, a-t-il confiĂ© Ă  des journalistes.

L’origine de ces mouvements reste inconnue, mais il a assurĂ© qu’à aucun moment une activitĂ© Ă©lectrique n’avait Ă©tĂ© enregistrĂ©e dans le cerveau des animaux, excluant ainsi une reprise de conscience.

Ces mouvements de tĂȘtes sont nĂ©anmoins “une prĂ©occupation majeure”, a estimĂ© Benjamin Curtis, car des recherches rĂ©centes en neurosciences ont suggĂ©rĂ© que “l’expĂ©rience consciente peut se poursuivre mĂȘme lorsque l’activitĂ© Ă©lectrique dans le cerveau ne peut pas ĂȘtre mesurĂ©e”.

“Il est donc possible que cette technique ait causĂ© des souffrances aux porcs et qu’elle fasse souffrir des ĂȘtres humains si elle Ă©tait utilisĂ©e sur eux”, a-t-il ajoutĂ©, appelant Ă  davantage de recherches.

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