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Economie

đŸ‡șđŸ‡Č Pourquoi les grands PDG amĂ©ricains vendent en masse leurs actions en Bourse

10/12/2021 7 min de lecture
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Durant le mois de novembre, les dirigeants d’entreprises cotĂ©es aux États-Unis et les cadres exĂ©cutifs ont vendu pour plus de 63 milliards de dollars d’actions. Du jamais vu dans l’histoire rĂ©cente amĂ©ricaine qui a, en partie, Ă  voir avec la peur d’une hausse des impĂŽts pour les trĂšs riches.

Elon Musk, Jeff Bezos ou encore Mark Zuckerberg ont-ils besoin d’argent de poche pour faire leurs emplettes de NoĂ«l ? Ils font, en effet, partie d’une poignĂ©e de patrons de grands groupes cotĂ©s en Bourse Ă  avoir vendu leurs actions Ă  la pelle cette annĂ©e, et surtout au mois de novembre.

En tout, les PDG et cadres exĂ©cutifs des entreprises du S&P500 – l’indice boursier amĂ©ricain des 500 principales sociĂ©tĂ©s cotĂ©es – ont vendu pour 63,5 milliards de dollars d’action en novembre, a constatĂ© le Wall Street Journal, dans un article publiĂ© jeudi 9 dĂ©cembre qui dĂ©cortique les donnĂ©es de ventes d’actions par ces chefs d’entreprise. Et depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, les 48 principaux dirigeants de groupes cotĂ©s en Bourse ont rĂ©coltĂ© plus de 9 milliards de dollars.

La “taxophobie” des patrons d’entreprises ?

“Ce qui se passe en ce moment est sans prĂ©cĂ©dent”, reconnaĂźt Daniel Taylor, professeur de comptabilitĂ© Ă  l’universitĂ© de Pennsylvanie et spĂ©cialiste de la Bourse, interrogĂ© par le Washington Post. “Les PDG vendent habituellement plus d’actions en fin d’annĂ©e, mais pas Ă  de tels niveaux”, confirme Alexandre Baradez, responsable des analyses marchĂ©s pour le cabinet de conseil financier IG France, contactĂ© par France 24.

Les transactions effectuĂ©es en novembre par ces dirigeants d’entreprises ont Ă©tĂ© en hausse de 50 % par rapport Ă  la mĂȘme pĂ©riode l’an dernier. 

Certains ont mĂȘme dĂ©cidĂ© de rĂ©colter les fruits de leurs actions pour la premiĂšre fois depuis des annĂ©es. C’est le cas, par exemple, de Sergei Brin et Larry Page, les deux cofondateurs de Google, qui n’avaient pas vendu d’actions depuis 2017 et ont empochĂ©, chacun, environ 1,5 milliard de dollars en se dĂ©lestant d’une partie de leurs titres. 

D’autres ont mis le pied sur l’accĂ©lĂ©rateur, comme Mark Zuckerberg. Le fondateur de Facebook a multipliĂ© par sept le nombre d’actions vendues cette annĂ©e, la plupart en novembre, par rapport Ă  l’an dernier, ce qui lui a permis de gagner 4,5 milliards de dollars.

Cette fiĂšvre boursiĂšre qui a gagnĂ© le petit monde des dirigeants s’explique d’abord “par la proximitĂ© du changement de cadre fiscal aux États-Unis”, estime Alexandre Baradez.

Les patrons craignent, avant tout, l’entrĂ©e en vigueur, prĂ©vue en 2022, d’une rĂ©forme fiscale visant Ă  taxer les gains en capital non rĂ©alisĂ©s. Il s’agit, pour simplifier, d’une mesure proposĂ©e par l’administration Biden pour imposer davantage les milliardaires via les actions qu’ils possĂšdent.

D’oĂč une ruĂ©e sur la vente d’actions avant d’avoir Ă  payer des taxes sur ces participations. Elon Musk, le patron de Tesla, a Ă©tĂ© l’un des plus importants pourfendeurs de ce plan de taxation des gains non rĂ©alisĂ©s. Son sondage sur Twitter, postĂ© dĂ©but novembre, demandant Ă  ses abonnĂ©s s’il devait vendre 10 % de ses parts de Tesla Ă©tait, en partie, motivĂ© par le dĂ©sir de ne pas avoir Ă  payer une trop grande addition au fisc si la nouvelle taxe venait Ă  voir le jour, rappelle le New York Times.

Avec ces ventes d’actions, “les trĂšs riches contribuables peuvent ainsi espĂ©rer Ă©conomiser jusqu’à 8 millions de dollars en impĂŽt chaque fois qu’ils vendent pour 100 millions de dollars d’actions avant l’entrĂ©e en vigueur de la rĂ©forme fiscale”, rĂ©sume l’expert en comptabilitĂ© Daniel Taylor au Washington Post.

La Silicon Valley en tĂȘte

Mais cette frĂ©nĂ©sie boursiĂšre ne tient pas Ă  la seule “taxophobie” du gratin du SP&500. Ils savent aussi “que les valorisations actuelles sont gĂ©nĂ©reuses et anticipent que ça ne va pas continuer Ă  monter”, suggĂšre Alexandre Baradez.

L’une des raisons de ce pessimisme tient Ă  la certitude des chefs d’entreprise cotĂ©es “que le gouvernement amĂ©ricain va resserrer les vis des aides sociales”, estime l’analyste d’IG France. La fin de ces aides risque non seulement de freiner la consommation des mĂ©nages, mais pour la frange la plus aisĂ©e des bĂ©nĂ©ficiaires de ces subventions publiques, l’argent a souvent Ă©tĂ© rĂ©investi dans les marchĂ©s financiers. C’est ce qu’on a appelĂ© le “boom” des petits investisseurs durant la crise sanitaire, dont l’épisode GameStop a Ă©tĂ© l’illustration la plus mĂ©diatique. 

Cet appĂ©tit des particuliers pour la Bourse “a contribuĂ© aux bonnes performances du marchĂ© des actions, et si les aides se rĂ©duisent cela peut avoir un impact boursier”, conclut Alexandre Baradez. Les patrons et autres cadres exĂ©cutifs cherchent donc Ă  vendre avant qu’il ne soit trop tard et que les cours dĂ©vissent.

Ce n’est pas un hasard non plus si la grande majoritĂ© des dirigeants qui se dĂ©lestent de leurs actions viennent du secteur de la Tech. Ils ont, en effet, vendu pour prĂšs de 41 milliards de dollars d’actions sur le seul mois de novembre 2021, soit plus de 60 % du total des ventes rĂ©alisĂ©es, prĂ©cise le Wall Street Journal.

“C’est comme si une gĂ©nĂ©ration de dirigeants de la Silicon Valley Ă©tait arrivĂ©e Ă  maturitĂ© et voulait profiter de l’occasion pour réévaluer les projets dans lesquels ils investissent”, note Alexandre Baradez. 

Dans certains cas, cette quĂȘte de renouveau est Ă©vidente. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, “a ainsi vendu une partie de ses titres pour financer ses activitĂ©s spatiales”, rappelle Alexandre Baradez. L’argent rĂ©coltĂ© par Mark Zuckerberg devrait l’aider Ă  donner un coup d’accĂ©lĂ©rateur au dĂ©veloppement des projets de Facebook dans les mĂ©tavers.

Toutes ses ventes risquent cependant d’avoir un effet plus large sur le marchĂ©. “On dit souvent que lorsqu’un patron vend des actions de sa propre entreprise, c’est qu’il n’est plus aussi optimiste sur l’avenir de son groupe”, rappelle l’analyste d’IG France. GĂ©nĂ©ralement, c’est un signal pour les autres actionnaires qui chercheraient alors Ă  se dĂ©barrasser eux-aussi de leurs titres.

D’oĂč un danger de panique boursiĂšre, surtout dans une situation oĂč les PDG semblent s’ĂȘtre donnĂ© le mot pour vendre leurs actions en mĂȘme temps. Mais Alexandre Baradez n’y croit pas, car les motivations des dirigeants n’ont rien Ă  avoir avec la confiance ou non dans la bonne fortune de leur groupe, et les autres investisseurs l’ont compris, selon lui.

En revanche, “c’est clairement le signe que le temps des excĂšs boursiers pour les entreprises tech est rĂ©volu”, estime cet expert. AprĂšs une dĂ©cennie dorĂ©e oĂč rien ne semblait pouvoir arrĂȘter les hausses des valeurs technologiques, les ventes records d’actions indiquent que les dirigeants eux-mĂȘmes ont fini par se convaincre que leur secteur Ă©tait en surchauffe boursiĂšre.

France 24

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