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Economie

đŸ‡ș🇩 Voici ce que la guerre en Ukraine a dĂ©jĂ  coĂ»tĂ©: « Cela prend des proportions Ă©piques”

30/04/2024 7 min de lecture
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La guerre en Ukraine a dĂ©jĂ  englouti 1,2 billion d’euros. Un chiffre suivi de onze zĂ©ros. Quelle armĂ©e a dĂ©pensĂ© le plus jusqu’à prĂ©sent? Quel alliĂ© de l’Ukraine a Ă©tĂ© le plus gĂ©nĂ©reux pour contribuer Ă  son effort de guerre? Et combien de millions la Belgique a-t-elle promis Ă  Zelensky? Explications, avec le professeur d’histoire Ă©conomique Erik Buyst de l’UniversitĂ© de Louvain.

AprĂšs deux ans et deux mois de guerre en Ukraine, le bilan est terrible. Les chiffres varient considĂ©rablement, mais selon des estimations rĂ©alistes, environ 200.000 personnes auraient perdu la vie, en comptant les pertes russes comme ukrainiennes. Un carnage qui n’est pas prĂšs de cesser, car la fin de la guerre n’est pas encore en vue. Dans une nouvelle tentative venir Ă  l’aide aux troupes ukrainiennes, la Chambre des reprĂ©sentants amĂ©ricaine a approuvĂ© la semaine derniĂšre un paquet d’aide d’une valeur de 56 milliards d’euros. Et vendredi soir, notre Premier ministre De Croo (Open Vld) a annoncĂ© que notre pays allouerait Ă©galement 230 millions d’euros supplĂ©mentaires d’aide militaire. Des sommes importantes qui soulĂšvent la question : combien nous a coĂ»tĂ© la guerre en Ukraine jusqu’à prĂ©sent?

Un million par minute

Une rĂ©ponse difficile Ă  obtenir, mĂȘme en additionnant tous les rapports et les fichiers Excel possibles provenant d’organismes fiables. Nous avons rĂ©uni tout ce qu’on pouvait obtenir sur les coĂ»ts militaires ukrainiens mais aussi russes, le coĂ»t de la future reconstruction de l’Ukraine, l’aide promise par 41 pays Ă  l’Ukraine, ou encore l’accueil des rĂ©fugiĂ©s.

Le montant total? 1.159.420.000.000 euros. PrĂšs de 1.200 milliards, ou encore 1,2 billion.

Pour rendre cela un peu plus comprĂ©hensible : chaque minute de guerre menĂ©e au cours des deux derniĂšres annĂ©es en Ukraine a coĂ»tĂ© plus de 1 million d’euros. Pendant que vous lisez cet article, environ 5 millions d’euros auront Ă©tĂ© dĂ©pensĂ©s pour la guerre.

Et ce chiffre est vraisemblablement sous-estimĂ©. Aucune donnĂ©e n’est disponible sur le soutien que la Russie a obtenu de ses alliĂ©s iraniens ou nord-corĂ©ens. La BiĂ©lorussie, Ă  elle seule, aurait dĂ©jĂ  fourni 130.000 tonnes de munitions aux Russes rien que durant la premiĂšre annĂ©e de guerre. Les dons privĂ©s et le soutien des organisations humanitaires comme la Croix-Rouge ne sont pas non plus inclus dans ces chiffres.

1,2 billion d’euros me semble ĂȘtre une limite infĂ©rieure correcte, mais le coĂ»t rĂ©el sera beaucoup plus Ă©levĂ© Ă  long terme

Erik Buyst, professeur d’histoire Ă©conomique

“1,2 billion d’euros, ça me semble ĂȘtre une limite infĂ©rieure raisonnable”, estime Erik Buyst, professeur d’histoire Ă©conomique Ă  l’UniversitĂ© de Louvain. “Le coĂ»t rĂ©el sera probablement beaucoup plus Ă©levĂ© Ă  long terme. Prenons par exemple le produit intĂ©rieur brut (la valeur de tous les biens et services produits dans un pays, ndlr) de la Russie. Il pourrait rester stable, mais le niveau de vie de la population diminue en raison de la guerre et des priorisations dans l’industrie. L’acier qui serait normalement utilisĂ© pour les carrosseries de voitures est maintenant presque entiĂšrement consacrĂ© aux armes, ce qui entraĂźne un ralentissement de la production automobile et une baisse de la prospĂ©ritĂ©. Il est impossible de dire combien cela coĂ»tera aux Russes, mais ce sera un montant Ă©norme. MĂȘme aprĂšs la guerre, nous devons ĂȘtre prudents avec les montants mentionnĂ©s. Une guerre de propagande peut alors commencer – comme en Belgique aprĂšs la Seconde Guerre mondiale – oĂč les dommages seront montĂ©s en Ă©pingle dans l’espoir de recevoir autant d’aide Ă©trangĂšre que possible.”

DĂšs aujourd’hui, il vaut mieux se mĂ©fier des manipulations des chiffres. “DĂšs que Hitler est arrivĂ© au pouvoir, il a minimisĂ© son effort de guerre”, prend pour exemple l’économiste. “Dans le budget allemand, il a regroupĂ© diverses catĂ©gories pour dissimuler autant que possible quelle part de la production d’acier partait dans la fabrication de chars et de canons. L’objectif Ă©tait de laisser l’ennemi dans l’incertitude quant Ă  sa puissance militaire rĂ©elle. Coller un coĂ»t prĂ©cis Ă  une guerre est donc trĂšs difficile.”

Les montants sont de toute maniĂšre si Ă©levĂ©s qu’ils en deviennent abstraits. La diffĂ©rence entre un ou deux billions reste hors de portĂ©e d’une personne ordinaire Mais c’est vraiment beaucoup, beaucoup trop. “En une annĂ©e dans notre pays – toutes les entreprises et toute la population rĂ©unies – prĂšs de 600 milliards d’euros sont produits. Le coĂ»t de la guerre reprĂ©sente donc au moins deux fois notre PIB. Si nous revenons en arriĂšre, nous arrivons au Plan Marshall : les AmĂ©ricains ont alors dĂ©bloquĂ© 13 milliards de dollars pour aider l’Europe de l’Ouest Ă  se remettre sur pied aprĂšs la Seconde Guerre mondiale. Ce montant Ă©quivaut aujourd’hui Ă  163 milliards d’euros.” Un septiĂšme de ce que cette guerre a dĂ©jĂ  coĂ»tĂ©.

Des destructions incomparables Ă  celles de la Seconde Guerre mondiale

L’aide Ă©trangĂšre Ă  l’Ukraine reste jusqu’à prĂ©sent importante. Ce sont 41 pays, plus les institutions europĂ©ennes, qui ont promis ensemble environ 315 milliards d’euros d’aide, en comptant les 56 milliards rĂ©cemment annoncĂ©s par les AmĂ©ricains. Mais il y a un Ă©cart important entre l’aide annoncĂ©e, et celle rĂ©ellement fournie : sur ces 315 milliards d’euros promis, l’Ukraine n’en a reçu que la moitiĂ©, soit 157 milliards.

Avec l’effort rĂ©cemment annoncĂ© de 230 millions – principalement pour la dĂ©fense antiaĂ©rienne – la Belgique a dĂ©jĂ  dĂ©bloquĂ© 1,77 milliard d’euros pour les Ukrainiens. Cela la place en 14ᔉ position dans le classement. En tenant compte du PIB, nous sommes Ă  la 17ᔉ place.

La comparaison du coĂ»t de cette guerre avec celui d’autres conflits reste nĂ©anmoins impossible, selon le professeur Buyst. Non seulement les montants sont souvent incertains, mais aussi car les logements, le rĂ©seau routier et les armes d’aujourd’hui ne peuvent pas ĂȘtre comparĂ©s Ă  ceux d’il y a 80 ans.

Le travail qui attend les Ukrainiens atteint des proporti­ons Ă©piques. La tĂąche est Ă©norme, notamment dans les zones industriel­les de l’est, largement dĂ©truites

Erik Buyst

Les guerres passĂ©es nous enseignent que les belligĂ©rants ont gĂ©nĂ©ralement besoin d’une dĂ©cennie pour se remettre sur pied, une fois les combats terminĂ©s. Il leur faudra de l’argent, mais aussi suffisamment de main-d’Ɠuvre. “Le travail qui attend les Ukrainiens prend des proportions Ă©piques. Surtout dans les rĂ©gions industrielles fortement dĂ©vastĂ©es de l’est, la tĂąche est Ă©norme. Ce n’est pas impossible, mais plus la guerre dure, plus cela devient difficile. La question n’est pas seulement de savoir combien de temps le conflit va durer, mais aussi combien de temps les autres pays vont continuer Ă  apporter leur aide financiĂšre. La facture va encore augmenter considĂ©rablement.”

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