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Afrique

đŸ‡·đŸ‡ș Exclusion de la Russie du Conseil des droits de l’homme de l’ONU: la position des Africains

08/04/2022 5 min de lecture
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L’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies a donc votĂ©, ce jeudi 7 avril 2022, l’exclusion de la Russie au cours d’une session spĂ©ciale urgente sur l’Ukraine. C’est la deuxiĂšme fois qu’un pays est suspendu du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la premiĂšre Ă©tant, en 2011, l’exclusion de la Libye du colonel Mouammar Kadhafi. Par 98 votes pour, 24 contre et 58 abstentions, la suspension de Moscou prend effet immĂ©diatement. Et dans ces votes, on voit se dessiner des positions trĂšs diverses sur le continent africain.

L’Afrique a prĂ©sentĂ© au monde un vote Ă©parpillé ce jeudi à New York. Dix pays ont votĂ© pour la suspension de la Russie du Conseil des droits de l’homme siĂ©geant Ă  GenĂšve, 24 se sont abstenus, neuf ont votĂ© contre et onze n’ont tout simplement pas pris part au scrutin. D’abord, Ă  bien y regarder, les « pour » ont Ă©tĂ© peu nombreux, eu Ă©gard aux 54 pays africains membres et aux 193 États du monde reprĂ©sentĂ©s Ă  l’ONU : ce sont le Tchad, la CĂŽte d’Ivoire, la RDC, les Comores et la Libye, mais aussi le Liberia, le Malawi, Maurice, les Seychelles et la Sierra Leone.

Ce sont les abstentions qui ont Ă©tĂ© les plus nombreuses, avec quelques poids lourds du continent comme le Cameroun, l’Égypte, l’Angola, le Kenya, le Niger, le SĂ©nĂ©gal, le Nigeria, l’Afrique du Sud, ou encore le Soudan. D’autres pays clĂ©s ont encore allongĂ© la liste : Madagascar, le Ghana, la GuinĂ©e-Bissau, le Soudan du Sud, le Togo, la Tunisie, l’Ouganda, la Tanzanie, et puis enfin le Botswana, le Cap-Vert, l’Eswatini, la Gambie, le Lesotho, le Mozambique et la Namibie.

Ces abstentions sont avant tout des positions prudentes. Le SĂ©nĂ©gal, Ă  l’instar du BrĂ©sil, s’est d’ailleurs exprimĂ© avant le vote, expliquant attendre les conclusions de la commission d’enquĂȘte indĂ©pendante sur l’Ukraine Ă©tablie prĂ©cisĂ©ment, sous la prĂ©sidence de l’ancienne procureure de la CPI Fatou Bensouda, par le Conseil des droits de l’homme. La derniĂšre fois, Dakar avait Ă©galement fait savoir que sa position Ă©tait par ailleurs rendue dĂ©licate par son mandat Ă  la tĂȘte de la prĂ©sidence tournante de l’Union africaine.

Dans les « contre », on a comptĂ©, sans surprise, le seul pays africain qui avait dĂ©jĂ  votĂ© contre la condamnation de l’invasion russe, le 24 mars : l’ÉrythrĂ©e. Mais cette fois se sont ajoutĂ©s quelques alliĂ©s de la Russie qui s’Ă©taient alors abstenus, comme la RĂ©publique centrafricaine et le Mali, ainsi que l’AlgĂ©rie et le Burundi. Mais on a trouvĂ© aussi l’Éthiopie, en dĂ©licatesse, elle aussi, sur des questions de droits humains avec l’ONU, le Congo, le Zimbabwe et finalement le Gabon, qui est passĂ© ainsi du camp des « pour » au camp des « contre ».

La « pause-cafĂ© stratĂ©gique Â»

Et puis enfin, un nombre important de pays africains n’ont pas pris part au vote, ce que l’analyste somalien Rashid Abdi, lors du vote du 24 mars, avait baptisĂ© ironiquement la « pause-cafĂ© stratĂ©gique », une sorte d’abstention sans implication dans la sĂ©ance. Et lĂ , se sont trouvĂ©s des pays au poids politique non nĂ©gligeable, comme le BĂ©nin, le Burkina Faso, Djibouti, la Mauritanie, le Maroc, la GuinĂ©e, le Rwanda ou encore la Somalie, ainsi que la Zambie, la GuinĂ©e Ă©quatoriale et SĂŁo TomĂ©-et-Principe. Il faut toutefois comprendre ces prises de position dans le contexte particulier des Nations unies, oĂč un vote pour ou contre est une affirmation, l’abstention une chose et la non-participation au vote une autre.

Selon le directeur de l’International Crisis Group Ă  l’ONU, Richard Gowan, il y a en tout Ă©tat de cause plusieurs facteurs Ă  garder en tĂȘte, pour ce qui concerne le vote de jeudi. D’une part, la Russie avait mis en garde les États-membres contre les consĂ©quences pour eux-mĂȘmes de ce scrutin, lequel impliquait cette fois une vraie sanction concrĂšte contre Moscou, contrairement Ă  la rĂ©solution « dĂ©claratoire Â» du mois de mars. Ensuite, cette exclusion crĂ©e un « dangereux prĂ©cĂ©dent Â» dans « la gouvernance de l’ONU Â», comme a dit le craindre la Chine, un point de vue d’ailleurs partagĂ© par des pays frĂ©quemment mis en cause par l’Occident pour leur bilan en termes de droits humains. Certains enfin, explique-t-il, ne voient pas d’un bon Ɠil une telle frĂ©quence de condamnations de la Russie Ă  l’ONU et prĂ©fĂ©reraient parler, par exemple, de sĂ©curitĂ© alimentaire.

Pour dissiper tout malentendu sur le sens Ă  donner Ă  ces votes, un diplomate onusien tient enfin Ă  prĂ©ciser que le Conseil des droits de l’homme a Ă©tĂ© créé « en vertu d’une philosophie particuliĂšre » : celle de la coopĂ©ration, et non plus de la confrontation, comme c’Ă©tait le cas dans la prĂ©cĂ©dente commission, dissoute en 2006 au profit de cette nouvelle instance plus collective. Le risque de ce vote, pour lui, est d’avoir fortement polarisĂ© une institution qui avait le mĂ©rite, selon lui, d’ĂȘtre « moins bloquĂ©e » que le Conseil de sĂ©curitĂ©.

RFI

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