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Economie

đŸ‡«đŸ‡· Germain Pirlot, le discret inventeur du nom “euro”: « Il n’y a pas de quoi ĂȘtre fier, n’est-ce pas?”

31/10/2021 5 min de lecture
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Connaissez-vous Germain Pirlot? La question est certainement “non”. Dans son livre “This is Europe”, le professeur Hendrik Vos, de l’UniversitĂ© de Gand, parle des centaines de figurants de l’histoire de notre continent. Et parmi eux, un enseignant retraitĂ© ostendais originaire des Ardennes. En 1995, il a trouvĂ© le nom de la nouvelle monnaie de l’Union europĂ©enne. L’euro est son invention, mais personne ne le sait. “Et alors?”, lance-t-il. “J’ai mĂȘme des amis qui ne savent pas que c’était moi.”

Germain Pirlot, 78 ans, est originaire de Gedinnes, dans les Ardennes, mais vit Ă  Ostende depuis 55 ans. Il a dĂ©mĂ©nagĂ© aprĂšs avoir obtenu un emploi au Zeepreventorium Ă  De Haan. Et il y a enseignĂ© le français et l’histoire. Ses hobbies Ă©taient le sport (tennis, basket-ball, tennis de table, escrime, judo) et l’espĂ©ranto. Cette langue mondiale artificielle, inventĂ©e Ă  la fin du 19e siĂšcle, il l’a apprise et Ă©tudiĂ©e, et dans les annĂ©es 1980, il a Ă©galement Ă©crit une chronique mensuelle Ă  son sujet dans un journal francophone. C’était un vĂ©ritable “espĂ©rantiste”, comme on l’appelle.

“Monnaie espĂ©ranto”

Un jour d’étĂ© 1995, il a lu dans un autre journal (Le Monde) une interview de Jacques Santer, alors prĂ©sident de la Commission europĂ©enne, sur l’écu, la monnaie commune qui allait devenir celle de l’Europe.

“Dans cette interview, Santer a dĂ©clarĂ© que l’écu ne devait pas devenir une “monnaie espĂ©ranto”, ce qui signifiait probablement que l’intention de la Commission europĂ©enne Ă©tait que tout le monde l’utilise… contrairement Ă  l’espĂ©ranto. Je trouvais cette dĂ©claration quelque peu dĂ©sobligeante Ă  l’égard de l’espĂ©ranto. J’ai donc dĂ©cidĂ© de lui Ă©crire une lettre pour lui signaler qu’il devait avoir plus de respect pour l’espĂ©ranto. Pendant que j’écrivais cette lettre, le mot “euro” m’est venu Ă  l’esprit. Ne me demandez pas comment ou pourquoi, mais soudainement c’était là”, se souvient Germain Pirlot. “Je l’ai donc inclus dans la lettre, comme une suggestion. J’ai pensĂ© que c’était plus neutre que â€˜Ă©cu’, et trĂšs appropriĂ© aussi.”

Lorsque la piĂšce a Ă©tĂ© mise en circulati­on cinq ans plus tard, j’avais presque oubliĂ© que j’avais trouvĂ© ce nom. Je n’en parle jamais, sauf si on me le demande. Quel est l’intĂ©rĂȘt?

Germain Pirlot

Santer et le reste de la Commission europĂ©enne le pensaient aussi. Comme l’écu faisait rĂ©fĂ©rence Ă  l’ancienne monnaie française, mais Ă©tait Ă©galement l’abrĂ©viation de l’anglais “European Currency Unit” (alors que les Britanniques ne voulaient mĂȘme pas participer Ă  l’UE), des critiques avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©mises. Les propositions telles que “ducat” ou “florin” n’ont pas non plus Ă©tĂ© accueillies avec des applaudissements. Germain Pirlot avait trouvĂ© l’Ɠuf de Colomb avec le terme “euro”, et, le 15 septembre de cette annĂ©e-lĂ , il a reçu une lettre du secrĂ©taire de Jacques Santer le remerciant pour cette excellente idĂ©e. Un peu plus tard, un certificat de Promeuro, l’organisme chargĂ© de la promotion de la nouvelle monnaie, a indiquĂ©, qu’à sa connaissance, Pirlot avait Ă©tĂ© le premier Ă  suggĂ©rer le nom “euro”.

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© Simon Mouton Photo News

Et c’est tout. Aucune autre forme de reconnaissance n’a suivi, sans parler du fait que Pirlot ne s’est pas enrichi grĂące Ă  sa brillante idĂ©e. “Ce n’était pas l’intention”, dit-il en riant. “Je n’en suis pas fier ou quoi que ce soit. Lorsque la piĂšce a Ă©tĂ© mise en circulation cinq ans plus tard, j’avais presque oubliĂ© que j’avais trouvĂ© ce nom. J’ai encore des amis qui ne savent pas que l’idĂ©e vient de moi. Je n’en parle jamais, sauf si on me le demande. Quel est l’intĂ©rĂȘt?”

Parce qu’il a plus d’influence sur l’histoire de l’Europe que la majoritĂ© des dĂ©putĂ©s europĂ©ens, peut-ĂȘtre? Pirlot rit: “Je ne vais pas faire de commentaires Ă  ce sujet. Je n’ai jamais Ă©tĂ© trĂšs impliquĂ© dans la politique de toute façon.”

Des euros et des ropas

Si Germain Pirlot est fier de quelque chose – “Nous, les Ardennais, sommes plutĂŽt modestes” – c’est de sa carriĂšre d’enseignant au Zeepreventorium. “Il y a mĂȘme une page entiĂšre qui m’est consacrĂ©e sur leur site internet: tous les anciens Ă©lĂšves qui tĂ©moignent. Ça me donne la chair de poule. À l’époque, j’enseignais Ă  tous ces enfants individuellement, c’était une improvisation constante, et apparemment, j’ai pu faire quelque chose pour eux. Je considĂšre cela comme une rĂ©ussite. L’euro, c’est un dĂ©tail sympathique, mais c’est tout.”

“De plus, ils ne m’ont suivi qu’à moitiĂ©. J’avais Ă©galement suggĂ©rĂ© le nom ‘ropas’ pour les centimes, car je trouvais aussi que les centimes Ă©taient trop français et donc pas assez neutres, mais ils ne l’ont pas choisi. Je trouvais que ça sonnait bien, pourtant: “C’est un euro et cinquante ropas.”

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