đŸ‡”đŸ‡Ș Le prĂ©sident du PĂ©rou destituĂ© et arrĂȘtĂ©

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Le prĂ©sident pĂ©ruvien Pedro Castillo se trouvait jeudi en dĂ©tention dans une base de la police Ă  Lima, au lendemain de sa destitution et de son arrestation lors d’une journĂ©e riche en rebondissements qui a vu sa vice-prĂ©sidente Dina Boluarte investie Ă  la tĂȘte du pays latino-amĂ©ricain, coutumier des crises politiques.

La troisiĂšme procĂ©dure de destitution a eu raison du prĂ©sident de gauche. M. Castillo a tentĂ© son va-tout en annonçant la dissolution du Parlement qui tentait de le faire tomber, une manoeuvre immĂ©diatement qualifiĂ©e de “coup d’Etat” par de nombreuses personnalitĂ©s.

ArrivĂ© au pouvoir en juillet 2021, Pedro Castillo, 53 ans, a Ă©tĂ© “placĂ© en Ă©tat d’arrestation”, a annoncĂ© la procureure Marita Barreto. Des images ont montrĂ© le chef de l’Etat dĂ©chu assis dans un fauteuil, entourĂ© de procureurs et de policiers.

Selon les mĂ©dias pĂ©ruviens, M. Castillo a ensuite Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© par hĂ©licoptĂšre vers une base des forces spĂ©ciales de la police Ă  Lima, oĂč il devrait ĂȘtre dĂ©tenu pour une durĂ©e maximale de 15 jours. Le parquet a effectuĂ© par ailleurs dans la soirĂ©e de mercredi des perquisitions au palais prĂ©sidentiel.

Une source judiciaire a prĂ©cisĂ© Ă  l’AFP qu’une enquĂȘte pour “rĂ©bellion” avait Ă©tĂ© ouverte contre M. Castillo qui n’aura dirigĂ© le pays que dix-sept mois.

Elle vient s’ajouter aux six autres enquĂȘtes pour corruption ou trafic d’influence le visant, infractions dont sont Ă©galement accusĂ©s des membres de sa famille et de son entourage politique.

Sa destitution pour “incapacitĂ© morale”, retransmise en direct Ă  la tĂ©lĂ©vision, a Ă©tĂ© approuvĂ©e par 101 des 130 parlementaires, dont 80 dans l’opposition.

Pedro Castillo. Â© AFP

Dans un effort de derniĂšre minute pour sauver son poste, l’ancien prĂ©sident avait annoncĂ© la dissolution du Parlement quelques heures seulement avant que ce dernier ne se rĂ©unisse pour statuer sur son sort.

Il avait Ă©galement annoncĂ© la mise en place d’un “gouvernement d’urgence exceptionnel” et vouloir “convoquer dans les plus brefs dĂ©lais un nouveau CongrĂšs dotĂ© de pouvoirs constituants”. Une manoeuvre ignorĂ©e par le Parlement et largement dĂ©noncĂ©e par la classe politique.

Selon la police, aprĂšs l’échec de sa tentative de dissolution, M. Castillo avait l’intention de se rĂ©fugier Ă  l’ambassade du Mexique et de demander l’asile, mais il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© avant.

“Aujourd’hui, il y a eu un coup d’Etat dans le plus pur style du 20e siĂšcle”, a dĂ©noncĂ© le prĂ©sident de la Cour constitutionnelle Francisco Morales, estimant que “personne ne doit obĂ©issance Ă  un gouvernement usurpateur”.

L’analyste politique indĂ©pendant Augusto Alvarez a dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP que M. Castillo avait “violĂ© l’article 117 de la Constitution pĂ©ruvienne et (Ă©tait) dans l’illĂ©galitĂ©. C’est un auto-coup d’Etat”.

Lors d’une cĂ©rĂ©monie d’investiture devant le Parlement oĂč elle a Ă©tĂ© ceinte de l’écharpe prĂ©sidentielle pour devenir la premiĂšre femme prĂ©sidente du PĂ©rou, Dina Boluarte a elle aussi rĂ©pĂ©tĂ© qu’il y avait “eu une tentative de coup d’Etat promue par Pedro Castillo qui n’a trouvĂ© aucun Ă©cho dans les institutions de la dĂ©mocratie ni dans la rue”.

“J’assume (le pouvoir) conformĂ©ment Ă  la Constitution du PĂ©rou, Ă  partir de ce moment” et jusqu’en “juillet 2026″, lorsque devait prendre fin le mandat de M. Castillo, a dit l’avocate de 60 ans issue du mĂȘme parti d’inspiration marxiste (Peru libre) que lui.

“NormalitĂ© dĂ©mocratique”

Des centaines de manifestants se sont rassemblés dans le calme devant le Parlement.

“Nous sommes fatiguĂ©s de ce gouvernement corrompu, de ce gouvernement qui (nous) vole depuis le premier jour”, a dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP Johana Salazar, une ouvriĂšre de 51 ans.

© REUTERS

D’autres ont pris la dĂ©fense de M. Castillo et appelĂ© “au respect du vote du peuple”, comme Sissy, une employĂ©e municipale de 50 ans, estimant que “depuis que le prĂ©sident est arrivĂ©, ils l’ont humiliĂ©, ils n’ont pas acceptĂ© un prĂ©sident issu des provinces”, en rĂ©fĂ©rence Ă  l’ex-instituteur en zone rurale pendant 24 ans, novice en politique.

Les Etats-Unis ont immĂ©diatement fait savoir qu’ils ne considĂ©raient plus Pedro Castillo comme le prĂ©sident du pays en exercice. “Nous rejetterons catĂ©goriquement tout acte qui contrevient (…) Ă  toute Constitution, tout acte qui sape la dĂ©mocratie”, a dĂ©clarĂ© le porte-parole du dĂ©partement d’Etat Ned Price.

Le prĂ©sident Ă©lu du BrĂ©sil Luiz Inacio Lula da Silva a indiquĂ© trouver “toujours regrettable qu’un prĂ©sident dĂ©mocratiquement Ă©lu subisse un tel sort”, mais il s’est fĂ©licitĂ© que “tout a Ă©tĂ© menĂ© dans le cadre constitutionnel”.

Le gouvernement espagnol et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’Organisation des Etats amĂ©ricains (OEA) Luis Almagro ont dĂ©noncĂ© une “rupture de l’ordre constitutionnel” dans les tentatives de M. Castillo, Madrid se fĂ©licitant “du rĂ©tablissement de la normalitĂ© dĂ©mocratique”.

Pedro Castillo avait dĂ©jĂ  Ă©chappĂ© Ă  deux motions de destitution pour “incapacitĂ© morale” –qui avaient auparavant fait chuter deux prĂ©sidents en exercice, Pedro Pablo Kuczynski (droite) en 2018 et Martin Vizcarra (centre) en 2020–, dont la derniĂšre en mars 2022.

Il lui était notamment reproché des crises ministérielles à répétition et la formation de quatre gouvernements en huit mois, fait inédit au Pérou.

© REUTERS

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