🇩🇪 Allemagne: Olaf Scholz succède officiellement à Angela Merkel

🇩🇪 Allemagne: Olaf Scholz succède officiellement à Angela Merkel

L’Allemagne tourne une page d’histoire avec le départ ce mercredi 8 décembre, après seize ans, d’Angela Merkel. Pour la troisième fois dans l’histoire du pays depuis la fin de guerre, un social-démocrate, Olaf Scholz, devient chancelier à la tête d’une coalition associant le SPD, les écologistes et les libéraux. 

Lorsque Lars Haider part en vacances avec sa famille après les Ă©lections du 26 septembre dernier, son beau-frère, diplomate, demande au rĂ©dacteur en chef du quotidien Hamburger Abendblatt quels livres il peut lui conseiller pour mieux connaĂ®tre celui qui va devenir le nouveau chancelier. Une brève recherche sur internet s’avère infructueuse. Aucun livre sur Olaf Scholz n’a jamais Ă©tĂ© Ă©crit. Le journaliste de Hambourg qui a cĂ´toyĂ© intensĂ©ment le futur chancelier dans la ville oĂą ce dernier a grandi et qu’il a dirigĂ©e de 2011 Ă  2018 se met alors immĂ©diatement au travail. Le livre de Lars Haider, Olaf Scholz, le chemin vers le pouvoir, sort cette semaine Ă  l’occasion de l’élection du nouveau chancelier.

L’anecdote est rĂ©vĂ©latrice. Olaf Scholz, 63 ans, a une longue carrière politique derrière lui et pourtant son parcours n’a pas inspirĂ© de biographies et autres ouvrages. Comme Angela Merkel, on sait par exemple très peu de choses sur sa vie privĂ©e. Le futur chancelier est nĂ© Ă  OsnabrĂĽck, dans l’Ouest de l’Allemagne, le 14 juin 1958, mais il est un Hambourgeois de cĹ“ur, une ville oĂą ses parents, actifs dans le textile, s’installent lorsqu’il est bĂ©bĂ©.  Il est le premier dans sa famille Ă  faire des Ă©tudes et Ă  incarner le modèle mĂ©ritocratique dĂ©fendu par le parti social-dĂ©mocrate. Ses deux frères plus jeunes lui emboĂ®tent le pas. L’un dirige aujourd’hui un hĂ´pital dans le nord de l’Allemagne ; l’autre une entreprise active dans les nouvelles technologies. 

Olaf Scholz adhère Ă  17 ans au SPD. Il a toujours avec lui dans son cartable son livret rouge de membre du parti. Comme beaucoup dans les jeunesses sociales-dĂ©mocrates, il est très Ă  gauche dans les annĂ©es 1980 et prĂ´ne « le dĂ©passement de l’économie capitaliste Â». DĂ©but 1984, il rencontre avec d’autres responsables des jeunesses sociales-dĂ©mocrates de hauts dignitaires du rĂ©gime communiste est-allemand. 

Cet engagement au SPD se traduit tout d’abord par sa carrière professionnelle. Contrairement Ă  d’autres responsables politiques, Olaf Scholz exerce tout d’abord « un vrai mĂ©tier » et travaille comme avocat. Il dĂ©fend souvent des salariĂ©s menacĂ©s par des licenciements et après la rĂ©unification des comitĂ©s d’entreprise dans la partie Est du pays dont les sociĂ©tĂ©s doivent ĂŞtre dĂ©mantelĂ©es et privatisĂ©es. Une tâche qu’il a souvent mentionnĂ©e durant la dernière campagne Ă©lectorale pour mettre en avant son engagement social comme sa connaissance du terrain dans l’ex-RDA. 

La carrière politique d’Olaf Scholz commence avec l’arrivĂ©e au pouvoir d’un autre social-dĂ©mocrate, Gerhard Schröder, en 1998. Le nouvel Ă©lu au Bundestag prend la direction de la fĂ©dĂ©ration du SPD Ă  Hambourg et intègre les instances dirigeantes de son parti dont il sera le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral entre 2002 et 2004. Un large public fait alors la connaissance d’Olaf Scholz qui dĂ©fend les profondes rĂ©formes sociales de Gerhard Schröder. C’est Ă  cette Ă©poque qu’il est surnommĂ© « Scholzomat Â», une allusion Ă  sa façon de rĂ©pĂ©ter sans cesse tel un robot les mĂŞmes phrases. Le futur chancelier prend un malin plaisir Ă  ne pas rĂ©pondre aux questions des journalistes ou Ă  donner une rĂ©ponse qui ne correspond pas Ă  la question. Et achève ses interlocuteurs en rĂ©pondant par un lapidaire « oui » ou « non » Ă  une interrogation sur un sujet complexe. 

Ce style mais aussi la dĂ©fense des rĂ©formes Schröder et sur le tard son appartenance Ă  l’aile droite du SPD font d’Olaf Scholz le mal aimĂ© du parti social-dĂ©mocrate qui, lors des congrès, le sanctionne rĂ©gulièrement avec un score mĂ©diocre lors de la rĂ©Ă©lection des instances dirigeantes. 

Cela explique aussi qu’il ne soit pas retenu en 2005 lorsque le premier gouvernement de grande coalition dirigĂ© par Angela Merkel est constituĂ©. Mais c’est plus tard aux cĂ´tĂ©s de la chancelière chrĂ©tienne-dĂ©mocrate qu’Olaf Scholz obtient une carrure nationale qui lui permettra Ă  l’arrivĂ©e de dĂ©crocher la chancellerie. Il est ministre des Affaires sociales entre 2007 et 2009. Merkel n’apprĂ©cie pas au dĂ©part son cĂ´tĂ© donneur de leçons. Mais leur style les rapproche : sobriĂ©tĂ©, aucun effet de manche, une rhĂ©torique dĂ©pouillĂ©e, pas d’accents lyriques, le pragmatisme avant tout et une maĂ®trise des dossiers redoutable lors de nĂ©gociations. Olaf Scholz met en place avec la chancelière des mesures massives en faveur du chĂ´mage partiel contre la crise qui dĂ©bute en 2008 ce qui Ă  l’arrivĂ©e permet Ă  l’Allemagne d’éviter une augmentation sensible du chĂ´mage. 

Quand Olaf Scholz revient aux affaires Ă  Berlin en 2018 lors de la constitution d’un nouveau gouvernement de grande coalition, il prend le portefeuille des Finances et s’illustre dans un premier temps comme l’hĂ©ritier fidèle de son prĂ©dĂ©cesseur, le grand argentier chrĂ©tien-dĂ©mocrate Wolfgang Schäuble, adepte de la rigueur budgĂ©taire. Un positionnement qui, Ă  nouveau, fait d’Olaf Scholz la bĂŞte noire de l’aile gauche du SPD qui a acceptĂ© une nouvelle grande coalition en grinçant des dents. Les succès du nouveau ministre comme maire de Hambourg entre 2011 et 2018 avec des scores Ă  faire rĂŞver son parti, la construction massive de logements ou des crèches gratuites ne suffisent pas Ă  convaincre la base du SPD. Quand en 2019, Olaf Scholz participe Ă  la primaire pour la direction de son parti, il subit un Ă©chec cinglant. Il se qualifie certes avec sa co-Ă©quipière pour le deuxième tour, mais il est battu par un duo plus Ă  gauche soutenu par les jeunesses sociales-dĂ©mocrates. Comme les violences massives lors du G20 Ă  Hambourg en 2017 qui ternissent l’image de Scholz, il rebondit dans l’adversitĂ©, lĂ  oĂą d’autres passeraient la main. 

Quelques mois après son Ă©chec pour prendre la direction du SPD, le nouveau Olaf Scholz prend son envol. Avec la pandĂ©mie, le ministre des Finances, chantre de la stabilitĂ© budgĂ©taire, sort son bazooka et dĂ©pense des milliards pour soutenir l’économie allemande. Il contribue avec Paris au lancement et au succès du plan de relance europĂ©en au printemps 2020 ; l’Allemagne brise un tabou et accepte des dettes communes de l’UE. Il s’engage en faveur d’une taxe sur les transactions financières et engrange un succès au G20 cette annĂ©e avec un accord sur des taux d’imposition minima pour les multinationales. 

Ces mesures mais aussi l’absence d’un autre candidat disposant de la mĂŞme compĂ©tence et envergure conduit le SPD Ă  le dĂ©signer, très tĂ´t, durant l’étĂ© 2020 comme candidat Ă  la chancellerie. Certains ironisent au vu des sondages dramatiques : les sociaux-dĂ©mocrates ont-ils besoin d’un candidat Ă  la chancellerie ? Les Verts voient avec le temps leurs scores s’envoler. Un duel entre les conservateurs et les Ă©cologistes apparaĂ®t alors comme la seule option crĂ©dible. Le SPD, avant l’étĂ©, ne dĂ©colle pas et est crĂ©ditĂ© de 15% dans les sondages. Les caricaturistes tirent sur l’ambulance ; d’autres Ă©prouvent presque de la pitiĂ©. 

Olaf Scholz y croit. Il a mis en place une stratĂ©gie de longue haleine. S’imposer Ă  son poste de ministre des Finances d’oĂą il dispose d’une vue d’ensemble de la machine gouvernementale. Il se forge aussi une carrure internationale en Europe et au-delĂ . Il est persuadĂ© que dans la dernière ligne droite, lorsque les Allemands auront rĂ©alisĂ© que la chancelière Ă©ternelle passe la main, la donne changera. Les chrĂ©tiens-dĂ©mocrates vont perdre le bonus liĂ© Ă  la personne d’Angela Merkel. Le candidat qu’ils se sont choisi ne convainc pas. Olaf Scholz par son style et son mode de gouvernement est le parfait successeur de la chancelière. Il force le trait, se fait photographier en prenant la fameuse pose prisĂ©e par Angela Merkel tenant ses mains en forme de losange. Une affiche du SPD proclame Ă  propos d’Olaf Scholz « Il peut ĂŞtre chancelière ».  

Le pari va fonctionner, au-delĂ  mĂŞme de ce qu’espĂ©rait l’intĂ©ressĂ© puisque son parti termine le 26 septembre en tĂŞte. Les chrĂ©tiens-dĂ©mocrates engrangent une dĂ©bâcle historique. Les Verts progressent certes par rapport Ă  2017, mais leur envolĂ©e historique dans les sondages au printemps retombe comme un soufflĂ©. Une coalition entre le SPD, les Ă©cologistes et les libĂ©raux est possible et permet l’élection ce mercredi d’Olaf Scholz. 

Si les parallèles avec Angela Merkel dans le style sont frappants, Olaf Scholz n’est pas pour autant un clone de la chancelière version sociale-démocrate. Sa prédécesseure était souvent plus une modératrice ; Scholz qu’on baptisait à Hambourg « le roi Olaf » dirige ses équipes d’une main de fer et exige une discipline exemplaire. Les bisbilles au sein de la coalition doivent se régler dans les coulisses et non dans les médias. La frustration des journalistes allemands durant les négociations des dernières semaines illustrait cette nouvelle façon de faire. Et si Olaf Scholz est un pragmatique comme Angela Merkel, il entend, plus que la chancelière sortante, agir et non seulement réagir ; il veut avec sa nouvelle coalition présenter un projet de modernisation du pays pour l’actuelle décennie plutôt qu’une gestion professionnelle, mais sans réforme majeure des crises inévitables. 

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