En Europe, les hôpitaux face à la menace d’une vague de «burn out» et de démissions

En Europe, les hôpitaux face à la menace d’une vague de «burn out» et de démissions

Un an après le début de la crise du Covid-19, épuisés par plusieurs pics successifs et leurs conditions de travail, les personnels soignants sont à bout. Dans de nombreux pays, des voix s’élèvent désormais pour s’alarmer du risque de « pandémie psychique ».

Les chiffres sont révélateurs de l’ampleur du mal-être. Au Royaume-Uni, 100 000 infirmières et 8 000 sages-femmes envisageraient de quitter le navire du NHS, le système public de santé britannique, selon une étude menée par le groupe de réflexion Institute for Public Policy Research (IPPR) et l’institut de sondage YouGov. Un quart des travailleurs du NHS seraient plus susceptibles de quitter leur emploi qu’il y a un an.

Au Royaume-Uni, comme ailleurs, la crise sanitaire du Covid-19 a poussé les personnels jusqu’au point de rupture : conditions de travail dégradées, faibles rémunérations et désormais exposition à des risques psychologiques. L’étude révèle une explosion des manifestations de stress chez les salariés du NHS depuis mars 2020. La semaine dernière, la confédération du NHS a ainsi estimé que  Boris Johnson aurait du mal à tenir sa promesse d’embaucher 50 000 infirmières d’ici 2024.

Démissions et pénurie de personnel

De l’autre côté de la Manche, en France, certains hôpitaux enregistrent également des demandes de démissions en série, comme l’hôpital de Besançon, où 80 agents ont émis le souhait de quitter le CHRU depuis novembre, selon L’Est républicain.

La moitié a essuyé un refus face à l’actuelle saturation des services. « Autour de 10% des soignants sont actuellement en arrêt maladie dans les  hôpitaux », alerte Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers. « Une tendance qui va en augmentant », prévient-il, évoquant un « sentiment de décalage entre le vécu des personnels et la gestion actuelle de l’épidémie ».

Ces arrêts maladies mettent aujourd’hui les structures hospitalières à rude épreuve. « Il y a beaucoup d’arrêts, de gens épuisés, mais aussi des collègues qui ont attrapé le Covid », témoigne Émeline Marin, infirmière détachée en renfort à l’hôpital d’Hyères, dans le sud de la France. « La dernière fois, un collègue est venu travailler, mais il a été déclaré positif après un test et il est reparti immédiatement. Résultat, tout le planning a été chamboulé, nos horaires modifiés. »

Un sentiment de travail dans l’urgence et sans moyens supplémentaires qui pèse sur les équipes : « Ce week-end, j’étais au service de gériatrie. Deux patients ont été diagnostiqués cas Covid. On a dû les garder dans le même service, car il n’y avait pas de place ailleurs. C’est beaucoup de stress supplémentaire, on n’avait même pas le temps de parler aux patients. »

L’OMS sonne le tocsin

Parmi les pathologies devenues récurrentes chez les soignants exposés au Covid, l’insomnie, la dépression, le syndrome d’épuisement professionnel (burn out) mais également des cas de stress post-traumatique. Le manque de moyens et les diverses vagues  de l’épidémie ont laissé des traces. 

Pour Thierry Amouroux, les infirmiers ne veulent pas revivre l’épreuve du tri des patients comme lors de la première vague. « Pour l’instant, cela ne se reproduit pas. Mais quand vous passez à 40%, voire 80% de déprogrammation des opérations dans les hôpitaux, d’une certaine façon le tri est déjà là entre ce qui est urgent et ce qui ne l’est pas. Même si ce n’est pas encore un tri sur la réanimation. » Le porte-parole du SNIP évoque 34 000 postes d’infirmiers vacants en septembre 2020 toutes structures confondues, contre 7 500 seulement en juin.

Dans son rapport épidémiologique hebdomadaire en date du 31 mars, l’Organisation mondiale de la santé signale désormais que les médecins, infirmiers et autres membres du personnel médical présentent des niveaux d’anxiété et de dépression plus élevés que les autres groupes professionnels. L’OMS cite une étude publiée dans le British Medical journal portant sur 2 884 agents de santé aux États-Unis, en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni. 

« Il y a une corrélation claire entre l’exposition dans la durée au Covid-19 et le développement d’un stress post-traumatique », souligne de son côté Wissam El-Hage, professeur de psychiatrie, codirecteur de recherche à l’Inserm, et auteur d’une étude préliminaire sur l’état psychologique de 1 000 soignants à l’issue de la première vague de Covid-19. « On a beaucoup tissé la métaphore guerrière autour du stress post-traumatique, mais le Covid est un combat. Il tue et en face, on a les hôpitaux qui risquent de faire du tri. Comme en temps de guerre, finalement on choisit qui on peut sauver, qui il faudra sacrifier. »

Des revalorisations salariales jugées insuffisantes

À l’image du « Ségur de la santé » en France, ce plan annoncé à l’été 2020 par le gouvernement pour l’hôpital, prévoyant une augmentation de 180 euros pour les personnels paramédicaux, et qui a déçu de nombreux professionnels, la question de la revalorisation de salaires reste un sujet brûlant en Europe. En Angleterre, les propos de la ministre d’État Nadine Dorries sur la hausse de 1% des salaires du personnel du NHS, qualifiée de « maximum que le gouvernement puisse se permettre » avait suscité début mars une levée de boucliers.

Parmi les bons élèves du continent, l’Allemagne, où la mobilisation des personnels soignants à l’automne avait abouti à une revalorisation de 8,7% sur deux ans des infirmiers, jusqu’à 10% d’augmentation pour ceux travaillant dans les services de soins intensifs.

RFI

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