Des témoignages glaçants émergent d’El-Facher, dans l’ouest du Soudan, où les paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR) sont accusés d’exécutions sommaires et d’enlèvements après la prise de la ville. L’ONU et plusieurs pays occidentaux parlent d’une situation “apocalyptique”.
Des familles séparées et des jeunes hommes exécutés
Des habitants ayant fui El-Facher ont raconté samedi à l’AFP que les paramilitaires des FSR, désormais maîtres de la ville, séparaient les familles et exécutaient ou enlevaient les jeunes hommes. Zahra, mère de six enfants, a affirmé que ses fils de 16 et 20 ans avaient été arrêtés sur la route par les FSR — seul l’un d’eux a été relâché.
“Je ne sais pas si mon fils Mohamed est mort ou vivant”, a-t-elle confié, tandis qu’un autre rescapé, Adam, a raconté avoir vu ses deux fils tués sous ses yeux.
Depuis la prise d’El-Facher le 26 octobre, les ONG et témoins décrivent des scènes d’horreur : exécutions sommaires, violences sexuelles, attaques contre des travailleurs humanitaires et pillage systématique. Les communications demeurent largement coupées dans la région.
Une ville martyrisée au cœur du Darfour
Selon l’ONU, plus de 65 000 civils ont fui la ville, où des dizaines de milliers de personnes restent piégées. Avant l’assaut final, El-Facher comptait environ 260 000 habitants. Avec cette victoire, les FSR, dirigées par le général Mohamed Hamdan Daglo (Hemedti), contrôlent désormais la quasi-totalité du Darfour, une région qui couvre un tiers du territoire soudanais.
Des images satellites analysées par le Laboratoire de recherche humanitaire de Yale confirment la présence d’“au moins 31 groupes d’objets correspondant à des corps humains” dans différents sites de la ville entre lundi et vendredi. L’organisation conclut que “les massacres se poursuivent visiblement”.
Des ONG dénoncent des “atrocités massives”
Médecins sans frontières (MSF) a déclaré samedi craindre qu’un grand nombre de personnes soient toujours “en grave danger de mort” et empêchées par les FSR de fuir vers des zones plus sûres comme Tawila.
Des survivants ont affirmé que les habitants étaient triés selon leur sexe, âge ou origine ethnique présumée, avant d’être détenus ou exécutés. Un témoin évoque même des prisonniers écrasés par des véhicules militaires.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos montrent des hommes en uniforme des FSR exécutant des civils. Les paramilitaires affirment que certaines de ces séquences sont “fabriquées”, tout en annonçant avoir arrêté plusieurs de leurs combattants soupçonnés d’exactions.
L’ONU et les puissances occidentales dénoncent
L’ONU a réclamé des enquêtes “rapides et transparentes” face aux “témoignages effroyables” en provenance d’El-Facher.
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a décrit une situation “absolument apocalyptique”, dénonçant la “pire crise humanitaire au monde”.
Sa collègue britannique Yvette Cooper a elle aussi évoqué des “atrocités inimaginables”, dénonçant les violences sexuelles et la famine utilisées comme armes de guerre.
Une guerre sans issue et des soutiens étrangers
Depuis avril 2023, le Soudan est déchiré par une guerre opposant l’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, aux FSR de Daglo.
Les négociations pour une trêve, menées par les États-Unis, l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, sont dans l’impasse.
Selon plusieurs rapports de l’ONU, les FSR bénéficient d’armes et de drones fournis par les Émirats arabes unis, tandis que l’armée reçoit le soutien de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de l’Iran et de la Turquie — tous ces pays démentent toute implication directe.
Une crise humanitaire d’une ampleur inédite
En deux ans de guerre, le conflit au Soudan a déjà fait 150 000 morts, 13 millions de déplacés et 25 millions de personnes menacées par la famine, selon les Nations unies.
L’ONU redoute désormais un effondrement total du pays, alors que les violences s’intensifient et que l’aide humanitaire peine à atteindre les zones sinistrées du Darfour.




