Le 7e sommet Union européenne – Union africaine (UE-UA), qui s’est achevé mardi 25 novembre 2025 à Luanda (Angola), a réuni près de 80 chefs d’État et de gouvernement pour consolider des partenariats stratégiques, notamment dans l’agriculture et la sécurité alimentaire. Thème central : « Promouvoir la paix et la prospérité grâce à un multilatéralisme efficace ». Cependant, cet événement, axé sur une coopération « réciproque », a été éclipsé par une enquête explosive de l’ONG suisse Public Eye et d’Unearthed (branche d’investigation de Greenpeace UK), révélant que l’UE continue d’exporter massivement des pesticides interdits sur son sol vers des pays africains, avec un volume doublé en cinq ans (122 000 tonnes en 2024).
Une enquête basée sur des notifications d’exportation officielles
Publiée le 23 septembre 2025, l’enquête s’appuie sur l’analyse de centaines de « notifications d’exportation » – documents obligatoires soumis à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) par les entreprises européennes avant d’expédier des substances interdites dans l’UE. Malgré l’engagement de la Commission européenne en 2020 à mettre fin à cette pratique dans le cadre du « Pacte vert » européen, les exportations ont explosé : de 81 000 tonnes en 2018 à 122 000 tonnes en 2024, soit une hausse de 50 %.
Les principaux exportateurs sont l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne, avec des géants comme Syngenta (Suisse), BASF (Allemagne) et Corteva (États-Unis, via filiales européennes) en tête. Près de 9 000 tonnes ont été destinées à l’Afrique en 2024, principalement vers le Maroc et l’Afrique du Sud (60 % du total), suivis du Kenya (près de 500 tonnes annuelles).
Focus sur le Kenya : imidacloprid et iprodione, des risques pour les agriculteurs
Le Kenya, grand importateur de produits agricoles pour l’Europe (haricots verts, café, thé), achète notamment de l’imidacloprid (néonicotinoïde tueur d’abeilles, interdit en UE depuis 2018) et de l’iprodione (fongicide cancérigène, banni depuis 2020). Utilisés dans les plantations, ces pesticides posent des risques graves pour la santé des applicateurs et l’écosystème. Fredrick Muchiri, directeur du Bureau de contrôle des pesticides au Kenya, minimise dans The Nation : « Ces produits peuvent être dangereux, mais pas si l’on porte des vêtements de protection. » Pourtant, une étude kényane de 2020 révèle que seuls 16 % des agriculteurs sont équipés, exposant des milliers à des intoxications chroniques (troubles neurologiques, cancers).
En 2022, le Centre africain pour l’action préventive et corrective (CA CPR) a saisi la justice à Nairobi pour exiger le retrait de ces substances, sans suite à ce jour. Des ONG comme PAN Africa appellent à une révision des lois kényanes pour interdire les importations de produits bannis à l’origine.
Un scandale au cœur des partenariats UE-Afrique
Au sommet de Luanda, où des engagements ont été pris pour une agriculture durable (fonds de 10 milliards d’euros), cette révélation jette une ombre : l’UE, qui prône la transition verte, exporte des produits qu’elle juge trop toxiques pour ses propres sols. Kara Mackay, de Women on Farms Project (Afrique du Sud), dénonce un « double standard raciste et colonial ». Des rapporteurs de l’ONU (Marcos Orellana et Olivier De Schutter) exigent un bannissement immédiat.
La Commission européenne, contactée, réaffirme son « engagement » mais sans calendrier ferme. La France et la Belgique ont banni ces exportations nationalement ; l’UE pourrait suivre d’ici 2026, sous pression d’ONG et du Parlement européen.




