Le président guinéen Umaro Sissoco Embaló, écarté du pouvoir par un coup d’État militaire le 26 novembre 2025, est arrivé « sain et sauf » à Dakar jeudi 27 novembre, à l’initiative de ses pairs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Un aéronef affrété par le Sénégal a rapatrié Embaló depuis Bissau, où il avait été arrêté sans violence la veille. Lors d’un sommet virtuel extraordinaire, les chefs d’État de la CEDEAO ont condamné la prise de pouvoir par la force, exigé la libération immédiate de tous les détenus et annoncé la création d’un comité de médiation restreint, incluant le Sénégal, pour restaurer l’ordre constitutionnel.
Un rapatriement sécurisé sous l’égide de la CEDEAO
Le ministère sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur a confirmé dans un communiqué : « Un aéronef a été affrété par le gouvernement [du Sénégal] pour se rendre à Bissau, afin de contribuer à [une] opération de rapatriement [d’Embaló]. Cela a permis au président Umaro Sissoco Embaló d’arriver sain et sauf au Sénégal. » Embaló, qui avait été détenu au palais présidentiel, a été exfiltré sans incident, et son arrivée à Dakar a été confirmée par des sources diplomatiques.
Le sommet virtuel de la CEDEAO, tenu jeudi après-midi, a adopté plusieurs mesures : condamnation ferme de la tentative de prise de pouvoir par la force, appel au rétablissement de l’ordre constitutionnel, et création d’un comité de médiation restreint (Sénégal, Nigeria, Côte d’Ivoire, Ghana) qui se rendra « prochainement » à Bissau pour suivre la mise en œuvre. Les dirigeants ont exigé la libération sans délai de toutes les personnes détenues, y compris Embaló, son ministre de l’Intérieur Botché Candé, les généraux Biague Na Ntan (chef d’état-major) et Mamadou Touré (vice-chef), ainsi que des leaders de l’opposition comme Domingos Simões Pereira (PAIGC).
Un coup d’État au lendemain d’un scrutin contesté
Le putsch a éclaté mercredi 26 novembre au palais présidentiel, au lendemain des élections du 23 novembre, marquées par une double revendication de victoire : Embaló (52 %) et son rival Fernando Dias da Costa (48 %), soutenu par le PAIGC. Des tirs ont été entendus près du palais et de la Commission électorale (CNE), qui a suspendu le dépouillement. Les militaires, se présentant comme un « Haut commandement militaire pour la restauration de l’ordre », ont investi le général Horta N’TAM, ex-chef d’état-major de l’armée de Terre et proche d’Embaló, comme président de la transition pour un an.
Réactions internationales : condamnations et médiation régionale
L’Union africaine (UA) a condamné « sans équivoque » le coup d’État, exigeant la libération immédiate d’Embaló et de tous les détenus. La CEDEAO, dont la Guinée-Bissau est membre, a exhorté à la retenue et au rétablissement de l’ordre constitutionnel. Le Portugal, ex-puissance coloniale, a appelé au retour à l’ordre constitutionnel et à la sécurité des citoyens portugais. Bissau est sous haute tension, avec rues quasi désertes et surveillance militaire accrue.
Un 11e coup d’État dans un pays fragilisé par la corruption et le narcotrafic
Pays côtier de 2,2 millions d’habitants entre le Sénégal et la Guinée, la Guinée-Bissau est une plaque tournante du narcotrafic entre l’Amérique du Sud et l’Europe, avec une corruption endémique (180e/180 au Corruption Perceptions Index 2024). Ce coup, le 11e depuis 1974, suit une exclusion controversée de l’opposant Domingos Simões Pereira (PAIGC) et des tensions post-électorales récurrentes, comme en 2019. L’économie, dépendante de la noix de cajou (70 % des exportations), reste fragile, avec 70 % de pauvreté.
Perspectives : un comité de médiation et des frontières rouvertes
Le comité de médiation CEDEAO se rendra « prochainement » à Bissau pour suivre la mise en œuvre des mesures, tandis que le Sénégal réaffirme son rôle de médiateur : « Les autorités sénégalaises, sous la conduite personnelle du chef de l’État, sont en communication directe avec l’ensemble des acteurs bissau-guinéens. » Les frontières, fermées mercredi, ont été rouvertes pour faciliter les exfiltrations, y compris des observateurs électoraux. Le Sénégal, via le président Faye, insiste sur le « respect de l’ordre constitutionnel, de la protection des populations et de la conduite du processus électoral dans un climat apaisé ».




