Sénégal : après les violences, l’opposition appelle à de nouvelles manifestations

Sénégal : après les violences, l’opposition appelle à de nouvelles manifestations

Le collectif de soutien à l’opposant sénégalais Ousmane Sonko, arrêté mercredi, a lancé un nouvel appel à la mobilisation dès lundi, après trois jours de violentes manifestations contre le pouvoir qui ont fait plusieurs morts. 

Au Sénégal, le camp de l’opposant arrêté Ousmane Sonko maintient la pression sur le gouvernement. Son collectif de soutien a lancé un appel, samedi 6 mars, à de nouvelles manifestations à partir de lundi. 

Après avoir connu pendant trois jours ses pires troubles depuis des années, le pays, habituellement considéré comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest, et sa capitale Dakar ont connu une relative accalmie samedi, jour de relâche d’ordinaire. 

Des actes de saccage et de pillage ont cependant continué à être rapportés, y compris contre des enseignes françaises. 

La tension n’est pas retombée pour autant. Le collectif Mouvement de défense de la démocratie (M2D), comprenant le parti de l’opposant arrêté, des partis d’opposition et des organisations contestataires de la société civile a appelé « à descendre massivement dans les rues » à partir de lundi.  

Le même jour, Ousmane Sonko, dont l’arrestation a mis le feu aux poudres mercredi, doit être présenté à un juge. La décision du magistrat de le relâcher ou de l’écrouer s’annonce lourde de conséquences. 

Le collectif réclame « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques illégalement et arbitrairement détenus », le rétablissement du signal suspendu de deux chaînes de télévision accusées d’avoir diffusé « en boucle » des images des troubles, et une enquête sur ce qu’il appelle un « complot » du pouvoir. 

Le collectif, donnant lecture d’un communiqué dans les locaux du parti d’Ousmane Sonko, s’en est durement pris au président Macky Sall, qualifié d' »apprenti dictateur ». Il a perdu « l’autorité morale » pour rester président, a dit un des leaders du mouvement, Cheikh Tidiane Dieye. Il s’en est tenu à ces mots quand la presse lui a demandé si le collectif appelait les Sénégalais à réclamer la démission de Macky Sall, président depuis 2012. 

Quatre morts 

Le Sénégal est le théâtre depuis mercredi d’affrontements entre jeunes et forces de sécurité, de pillages et de saccages. L’arrestation d’Ousmane Sonko, troisième de la présidentielle de 2019 et pressenti comme un des principaux concurrents de celle de 2024, a provoqué la colère de ses partisans, mais aussi, disent de nombreux Sénégalais, porté à son comble l’exaspération accumulée par la dégradation, au moins depuis le début de la pandémie de Covid-19 en 2020, des conditions de vie dans un pays déjà pauvre. 

Quatre personnes ont été tuées, disent les autorités, chiffres difficilement vérifiables d’autres sources alors que prolifèrent les informations non-vérifiées. 

Ousmane Sonko a été arrêté officiellement pour trouble à l’ordre public, alors qu’il se rendait en cortège au tribunal où il était convoqué pour répondre à des accusations de viol portées contre lui par une employée d’un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos. 

Personnalité au profil antisystème, le député crie au complot ourdi par le président pour l’écarter de la prochaine présidentielle. 

Les manifestations croient au « complot ». Ils expriment individuellement l’usure des épreuves quotidiennes et la lassitude vis-à-vis du pouvoir. Un certain nombre montrent la France du doigt, premier partenaire commercial vu comme l’un des principaux soutiens étrangers de Macky Sall.   

Appel au calme  

Le Mouvement de défense de la démocratie a désigné les « parrains étrangers » à qui Macky Sall s’emploierait à « faire plaisir ». 

Le président élu sur la promesse de mettre son pays sur la voie de l’émergence a démenti fin février avoir quoi que ce soit à voir avec les ennuis judiciaires d’Ousmane Sonko. Il a depuis gardé le silence, mais la pression augmente pour qu’il prenne la parole. 

Samedi, c’est son ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome, qui a tenu un langage vigoureux. Il a appelé au calme et fait miroiter « la perspective » d’un allègement du couvre-feu instauré contre la pandémie et qui pèse sur l’activité d’un grand nombre. Mais il a aussi dit que l’État emploierait « tous les moyens nécessaires » pour rétablir l’ordre. 

« Toutes les personnes auteures d’actes criminels seront recherchées, arrêtées, poursuivies et traduites devant la justice », a-t-il promis. 

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a appelé « toutes les parties à la retenue et au calme ». L’Union africaine a exprimé sa « préoccupation » et son attachement à un solution « par la voie pacifique, le dialogue et dans le strict respect de l’ordre ». 

Par France 24 Avec AFP

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