Procès en destitution : Donald Trump acquitté

Procès en destitution : Donald Trump acquitté

L’ex-président américain a été acquitté comme lors de son premier procès en destitution. Le Sénat n’a pas réuni assez de voix pour le condamner.

Après un coup de théâtre, sénateurs républicains et démocrates sont parvenus samedi 13 février à un accord pour se passer de témoins au procès de Donald Trump, rouvrant la voie à un verdict dans la journée. L’ex-président américain a finalement été acquitté, le Sénat n’ayant pas réuni assez de voix pour le faire condamner. Cinquante-sept sénateurs ont voté pour un verdict de culpabilité et 43 contre. La majorité des deux-tiers nécessaire à la condamnation n’a donc pas été atteinte.

Les procureurs démocrates avaient appelé plus tôt le Sénat à condamner Donald Trump pour « incitation à l’insurrection », en martelant dans leur réquisitoire que l’ex-président avait « trahi » les Américains et « soutenu » les émeutiers lors de l’assaut meurtrier du Capitole. Les démocrates voulaient voir Donald Trump reconnu coupable puis qu’il soit rendu inéligible. 

Donald Trump n’a pas tardé à réagir au verdict de ce nouveau procès en destitution. Il a salué « la fin d’une chasse aux sorcières » et a promis de « continuer » à défendre « la grandeur de l’Amérique ». « Notre mouvement magnifique, historique et patriotique, Make America Great Again, ne fait que commencer », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Donald Trump aurait refusé d’appeler ses partisans au calme le 6 janvier

Samedi, dans l’après-midi, avant le verdict donc, une grande confusion a régné au Sénat après un vote surprise autorisant la convocation de témoins, soutenu par les 50 sénateurs démocrates et cinq de leurs collègues républicains. Le chef de l’équipe des élus démocrates de la Chambre menant l’accusation, Jamie Raskin, voulait entendre une élue républicaine, Jaime Herrera Beutler, ayant révélé vendredi soir la teneur d’une conversation téléphonique entre un autre élu et Donald Trump le 6 janvier.

Alors que les parlementaires se cachaient pour échapper aux émeutiers, Donald Trump aurait éconduit le chef de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy, qui lui demandait d’appeler ses partisans à cesser les violences : « Eh bien, Kevin, j’imagine que ces gens sont plus en colère que vous à propos de l’élection. » Les démocrates ont « ouvert la boîte de Pandore », avait réagi le sénateur républicain Ted Cruz, en prévenant que son camp pourrait aussi convoquer de nombreux témoins, ce qui auraient retardé le verdict.

Mais compte tenu de sa forte popularité à droite, il semblait peu probable que 17 sénateurs républicains puisser voter avec les 50 élus démocrates et former la majorité qualifiée nécessaire pour le déclarer coupable.

Mitch McConnell a voté pour l’acquittement

Vendredi, Joe Biden, qui a passé plus de 35 ans sur les bancs du Sénat, s’est dit «  impatient  » de voir ce que ses «  amis  » républicains allaient faire, espérant qu’ils prendraient «  leurs responsabilités  ». Un premier vote à l’ouverture du procès mardi avait déjà esquissé les rapports de force : 56 élus, dont 6 républicains, avaient jugé le procès conforme à la Constitution, même si Donald Trump a quitté la Maison-Blanche.

Le chef des sénateurs républicains, Mitch McConnell, a pour sa part annoncé dès samedi matin qu’il voterait pour acquitter Donald Trump, car il estime que le Sénat n’a pas la capacité de juger un ancien président en destitution. L’annonce de l’influent stratège a sonné le glas des espoirs démocrates de condamner l’ex-président.

Donald Trump « a allumé la mèche »

Les élus de la Chambre des représentants, chargés de porter l’accusation contre l’ancien magnat de l’immobilier, ont déroulé sur deux jours un exposé implacable des faits. Mêlant vidéos chocs des violences et extraits choisis des diatribes présidentielles, ils ont accusé Donald Trump d’avoir renoncé à son rôle de «  commandant en chef  » pour se glisser dans les habits d’«  incitateur en chef  ». Selon eux, il a «  attisé la hargne  » de ses partisans pendant des mois avec un «  grand mensonge  » : en se présentant comme la victime d’une élection «  volée  » par des «  fraudes  » dont il n’a jamais apporté la preuve.

Et le 6 janvier, au moment où les élus du Congrès certifiaient la victoire de Joe Biden, il «  a allumé la mèche  », ont-ils dit, en leur lançant : «  Battez-vous comme des diables !  » Une fois l’assaut en cours, il a attendu de longues heures avant d’appeler ses sympathisants à «  rentrer chez eux  », délaissant, selon les procureurs démocrates, son serment de protéger les institutions. Au final, cinq personnes sont mortes, et des centaines ont été blessées ou traumatisées, ont-ils estimé.

Ce nouveau procès, un « acte de vengeance politique » ?

Vendredi, les avocats du 45e président des États-Unis ont contre-attaqué dans un argumentaire concis et musclé de trois heures. Selon eux, l’attaque était «  horrible  », mais le procès est «  injuste  » : c’est un acte «  de vengeance politique  » destiné «  à interdire les discours que la majorité n’aime pas  », ont-ils lancé. Dégainant à leur tour des vidéos soigneusement éditées, ils ont assuré que le champ lexical combatif de Donald Trump s’inscrivait dans une «  rhétorique politique ordinaire  », utilisée à gauche comme à droite et protégée par le Premier amendement de la Constitution qui garantit la liberté d’expression.

Ils ont notamment projeté un film d’une dizaine de minutes, dans lequel toutes les figures du parti démocrate, y compris Joe Biden, promettent de «  se battre  » sur tous les tons. La défense a également jugé «  absurde  » de lier les violences au discours du 6 janvier, soulignant que Donald Trump avait appelé ses partisans à marcher «  de manière pacifique et patriote  » sur le Capitole. Le coup de force «  avait été planifié à l’avance  » par des «  criminels  » et ne peut pas être imputé au président, ont-ils encore plaidé.

Lors d’une séance de questions-réponses tendue, les procureurs ont rétorqué que Donald Trump n’avait utilisé le terme «  pacifique  » qu’à une reprise dans son discours, dont la tonalité globale était selon eux «  incendiaire  ». Et ils ont martelé que le coup de force sanglant n’était pas survenu «  dans le vide  ».

Par Lepoint.fr

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